M I N I TRANSAT

1 9 9 3

 

GUY LLATA

 

 

 

 

 

Préfaces

de

Jean-Marie VIDAL

 

Thierry DUBOIS

 

 

 

 

 

 

 

 

 

PREFACE

Jean-Marie VIDAL.

 

 

Ce livre est le récit d’un temps de passion.

Guy, le toujours enfant, le <<Gone>>, nous entraîne à sa suite dans le partage de sa traversée avec cette simplicité de cœur qu’il a su garder.

Avec modestie, il nous conte comment il s’engage dans une logique qui le pousse plus loin, de l’autre côté de la rive.

Sa véritable motivation est affective et gratuite.

Le marin qu’il devient veut vivre, sans recherche intéressée, l’authentique aventure de la mer, de l’océan.

 

 

La lecture de ces pages vraies, spontanées, rédigées je le sais dans cet esprit de générosité, d’amitié qui caractérise Guy, confirme quelques traits du personnage.

J’y découvre aussi d’autres éléments que je ne connaissais pas : son attachement à Port Camargue, la déception que j’ai pu, bien involontairement lui causer, en me séparant du 6 m 50 « Mistral Gagnant » (désolé,  Guy ! ).

L’importance de la famille, le salut à la toujours discrète Nadine, confirment les qualités d’une harmonie et d’un équilibre intérieur qui savent aussi se traduire par spontanéité, joie, convivialité, plaisir de vivre.

La << mini >> a en Guy un ardent chevalier de la cause <<ministe>>. Qu’il n’y prenne pas les mêmes coups de sang dont il sait parfois faire preuve au cours de nos régates de challenge.

Je te taquine Guy, car je connais la sagesse que tu acquiers à chaque traversée, (bravo pour ta belle Transquadra ! ).

Je sais, par ailleurs, que tu n’as pas besoin d’une <<mini>> pour ne pas trop « vieillir>>.

 Jean-Marie Vidal

 

 

 

 

PREFACE

Thierry Dubois

 

Salut PAPY !

A partir de ces deux mots, j’allais faire plus ample connaissance et me lier d’amitié avec un drôle de personnage jusque là entrecroisé trop rapidement sur les pontons un peu speed des départs de MINI.

Visuellement, je fus d’abord surpris par la physionomie du couple, canot-skipper : l’un des deux me semblait avoir subi un sévère régime amaigrissant, mais pas le bon ! Comment ce petit <<rondouillard>> pouvait-il bien rentrer dans son voilier tout maigre ?

Ensuite ! renseignements pris, étonnement quant à ses facultés de navigateur : sans doute trop conditionné par son métier en déplacement automobile, il faisait effectuer à son bateau des milliers de kilomètres ( pas qualificatifs pour la course), sur autoroute. Parti de LYON, ne trouvant pas de pancarte <<ANTILLES>>, il échoua en Méditerranée. Plutôt mal parti pour traverser l’Atlantique à la voile, sans copilote ni remorque !

Mais bon, il finit par trouver Madère et même, quelques semaines plus tard, Saint-Martin où on l’attendait en buvant du rhum, pas inquiets pour lui qu’il n’en reste plus, sachant qu’il ne boit que du lait. Chose fort surprenante pour un marin : sans doute, est-ce cela la gastronomie lyonnaise version <<GONE>> à moins que ce soit pour lui une façon de rester jeune.  Peut-être pourrait-on lui offrir une poupée qui allaite pour ses prochaines traversées ! Mais certainement pas une <<vache à lait>>, chose bien inutile et tout à fait opposée à son sens du partage et de la générosité.

Car des traversées, pour lui, il y en aura d’autres : la soixantaine approchant, il est grand temps de passer à la Transquadra, ou même à quelques circumnavigations autour de la grosse boule <<pas lyonnaise, la bleue>>….

Au pire, on se retrouve pour une MINI !

Salut

                             Thierry DUBOIS

 

 

 

PROLOGUE

 

 

 

Il y aura, avant la mini et après la mini. Je ne peux, aujourd’hui, discerner ces deux périodes, sauf certaines journées, ennuyeuses, où rien ne marche. Là je peux m’évader sur des clichés dorés de cette mini aventure.

Mini comme j’aime tant la nommer, non pas pour la minimiser, mais simplement pour la laisser encore à ma portée, car il n’est pas exclu que je repique un jour.

Je souhaite encore goûter aux délices de ces petits bateaux où seul l’homme est grand.

Je resterai un <<mini>> de chaque jour, tant l’état d’esprit de cette course peut être un modèle de vie. Cette épreuve sera le passage obligé des jeunes marins à la vie d’adulte. Et pour nous, les aînés, le moyen de ne pas trop VIEILLIR.

 

 

 

 

 

1re partie

___

 

Départ

de cette grande

Idée

qu’est la

MINITRANSAT

 

 

Le britannique Bob Salmon, convoyeur professionnel, a, un jour de 1977, l’idée de traverser l’océan. Cet Anglais un peu étrange, décide alors d’organiser une transat en solitaire, sur un petit voilier d’une longueur qui n’excède pas 6.50 mètres.

 

Cette idée bizarre allait pourtant occuper une grande part de ma vie. De réflexions en rêves, l’idée de traverser l’Atlantique sur un petit bateau, est déjà acquise dans ma tête.

Peut-être comme dit le dicton « petit bateau petit problème » sans oublier, petits moyens. A l’annonce de cette course, je sais qu’elle sera un jour, ma course.

Cette traversée un peu folle est fabuleuse. Parcourir l’Atlantique sur un voilier de 6.50 m  n’est pas dans le goût du jour, c’est plutôt  l’inverse. Les voiliers sont devenus gigantesques, beaucoup trop grands à mon goût et pour mes moyens.

Je suis cette course avec passion, écoutant à la radio tous les commentaires ; il y en a peu. Même la presse spécialisée est un peu avare. Les terriens crient «aux fous». Pourtant, avec le recul, il y a du beau monde : Daniel Gilard,  Halvard Mabire, Jean Luc Van den HEEDE, Bruno Peyron, pour ne citer que ceux qui sont connus encore aujourd’hui. <<Mais c’était hier>>.

Le favori au départ est le Polonais Jaworsk.

Il court sur un prototype doté de deux safrans mais sans grand voile. Patrick VAN GOD ne sera pas à l’arrivée de la première étape.

Il était pourtant très qualifié. Ce NAVIGATEUR BELGE de talent m’a souvent fait rêver par ses articles et récits. J’ai cru que sa disparition allait remettre en cause l’existence  de la course. Peu de gens sont favorables à cette épreuve, elle semble vraiment déranger. Cette première manche n’est qu’une étape de ralliement, PENZANCE Angleterre,TENERIFE Canaries, bien ventée par des vents de secteur Sud-Ouest à Ouest, de 8 à 9 nœuds, ne comptant pas pour le classement. La seconde étape commence avec des vents contraires, puis la brise tourne avant l’installation de l’alizé pour accompagner les petits bateaux jusqu’à la fin de l’épreuve, à Antigua.

Pour moi c’est joué, je participerai à cette épreuve, si elle survit. Je ne sais encore quand, comment, avec quels moyens, et dans combien de temps.

Je suis avec la même ferveur l’épreuve de 1979. Je vois sur la ligne de départ le PROTO de l’AMERICAIN NORTON SMITH, voiliers équipés de ballasts, fabuleux, construits spécialement pour l’épreuve. De quoi rêver durant les longs moments de voiture que je pratique tel un métronome, sur mon secteur du Sud-Est de la France, en visitant mes imprimeurs. Je parle «bateaux» avec les plus intimes, ils adorent.

 

Dans ma tête naissent des croquis. Je rêve, parfois je prends des notes, cela m’aide à avancer. J’esquisse des coques, des gréements qui ne verront jamais le jour.

Pourtant, je navigue. Je suis un privilégié à PORT-CAMARGUE, tous les 15 jours, il y a régate. Je ne rate pour rien au monde la ligne du dimanche, équipier d’avant, je me régale sur le voilier des copains. Ensuite, en famille, nous faisons des ronds dans l’eau sur le super plan d’eau de notre baie.

Notre voilier a d’ailleurs pas mal changé. Il prend des allures de bête de course, même s’il reste dans les grandes lignes un 10 mètres de série, la chasse aux poids a déjà commencé.  NADINE, les enfants DIDIER et LAURENCE, ne naviguent plus de la même manière. <<REGATA>>, on ne passe plus un autre voilier sans le <<GRATTER>>. Le plan d’eau devient un gisement de risées que nous seuls savons observer. La «compète» nous gagne de plus en plus. Les grandes vacances se transforment en <<COURSES CROISIERES>>, nous naviguons de plus en plus loin.

Notre belle MEDITERRANEE est de plus en plus étroite, je parle déjà d’ATLANTIQUE.

L’année 1981 m’apporte avec joie, juste au retour des grandes vacances, une nouvelle MINI. Je traque l’info. 25 partants, cela devient une GRANDE COURSE ; presqu’une classique, et pourtant non, il n’en est rien, toujours le même esprit.

De nouveaux noms, des nouvelles têtes. L’esprit de la course ne change pas, efficacité avant tout. De grands architectes dessinent de super bêtes de course. L’épreuve est toujours ANGLAISE. Départ PENZANCE, TENERIFE, ANTIGUA. 4080 milles à courir. Le cyclone Irène ne ménage pas l’épreuve, envoyant au tapis quelques candidats malchanceux ; Steve Callaghan coule deux jours après le passage des Canaries. Il dérivera durant 56 jours et sera récupéré aux abords des ANTILLES.   «De vrais PRO, ces amateurs >>.

La presse de tous les jours fait découvrir la MINI, surtout par les naufrages ou les disparitions. Les revues spécialisées, avec un peu plus de réserve, parlent d’exploits sportifs mais ce n’est pas encore le grand amour.

Pour moi, c’est évidemment très différent, je me sens déjà concurrent. Je commence doucement à en parler avec NADINE, mon épouse. La régate compense et le travail marche, alors je suis sur la bonne voie.

Nous fréquentons de plus en plus le monde de la «compète». J’ai même discuté avec Jean- Marie VIDAL sur la panne. Il venait voir un copain qui avait le même  bateau que nous, un CONATI 31,  une fabrication locale, qui a un certain succès.

1983, une nouvelle MINI, avec la particularité de pouvoir se courir en double. Cette modification ne me passionne pas, j’ai même peur qu’elle change, d’une façon irréfutable, la course en solitaire. Quarante-deux partants, cela confirme la réussite de l’épreuve. Je souhaite de tout cœur qu’elle redevienne une course pour un homme seul.

De notre côté, j’envisage sérieusement de changer le bateau. Nous avons remarqué dans les revues nautiques que BENETEAU avait sur plan, le FIRST 345.

Cette fois-ci c’est décidé, notre voilier aura une tendance régate plus affirmée. Nous n’attendrons pas le salon nautique pour recevoir notre coursier. Nous avons juste le temps de préparer le voilier pour l’ajuster sur les régates locales.

Il est vraiment beau et très performant. Le printemps et le début de l’été ne sont que week-ends bateau.

Le GONE, il faut bien le nommer, nom d’ailleurs que nous n’avons jamais changé. Nous l’avons choisi sur le premier voilier, un Aloa 25. Il était si petit qu’il avait l’air d’un jouet. Dans la région lyonnaise, les petits enfants, nous les appelons les GONES, de la même façon qu’à Marseille, ils se nomment les MINOS. A la Société Nautique, on nous interpelle souvent de cette façon : << Tiens, voilà les GONES >>. Il faut dire que c’est souvent le cas pour les autres amis de bateau, je trouve cela sympathique. Il nous arrive d’oublier le nom de famille. Cela peut-être délicat pour correspondre par la suite. Ce petit côté tribu est loin d’être désagréable.

 

Enfin, la grande nouvelle tombe sur l’affichage du Club : <<LA TUNISIE>> est retenue comme but de congés, pour Juillet-Août. La course croisière, c’est parfait comme projet de vacances. Un aller en course, donc rapide, avec un retour peinard, avec visites, mouillages, etc.

 

La bonne formule pour aligner des milles et se calibrer sur les copains. En plus de tout cela, des amis de régate me proposent de se joindre à l’équipe familiale pour bouster le GONE et lui donner la chance qu’il mérite de faire une place.

Seule ombre au tableau, DIDIER mon fils aîné ne sera pas de la partie, souhaitant voler de ses propres ailes. C’est la vie, mais je le regrette un peu, même s’il est normal que l’oiseau s’envole du nid.

Une bonne nouvelle n’arrive jamais seule. Deux amis ont le projet de louer un Sélection pour participer aux Triangles du Soleil de Jean-Marie Vidal. Exceptionnellement, il sera possible de courir cette épreuve à trois équipiers. Le départ, comme par hasard, tombe juste après les vacances.

Après discussion avec mes employeurs, j’ai le feu vert pour participer.

Je m’occupe de trouver un Sélection à la location. Je n’ai aucune notion des prix. Je contacte la ville de Grenoble dont le voilier a terminé deuxième au Tour de France à la voile. L’opération location les intéresse. C’est une association, elle nous le propose pour 10.000 francs.

Elle souhaite que le nom de VILLE de GRENOBLE reste, remarquable preuve de confiance !

C’est une aubaine pour nous, nous allons disposer d’un voilier bien préparé. Le barreur propose un entraînement de quelques jours, pour la prise en mains. Cette nouvelle occasion qui se présente, permettra de gagner du temps et d’apprendre plus facilement le fonctionnement de ce voilier, dont la renommée n’est plus à faire.

Ces vacances 1985 seront les plus voileuses  jamais faites et sûrement les plus profitables en expérience, <<régate, course au large>>. Avec Les TRIANGLES du SOLEIL, nous nous frottions à des Pros dans la simplicité, me confirme le coté simple de ce petit monde de la course.

Avec cette épreuve, mon envie de MINITRANSAT se confirme davantage et je commence par dire à NADINE que cette course pourrait être, un jour, LA MIENNE. Jamais elle ne cherchera à me dissuader.

1985, une nouvelle MINI, avec : <<Une organisation FRANCAISE >>.

Quelle joie pour moi de savoir qu’il me sera encore plus simple de participer et sûrement de les approcher, de les côtoyer, de les voir. Merci à toi, Jean-Luc GARNIER, ma vie de marin a sûrement changé, grâce à ton initiative.

 MERCI à vous, les Bretons, de les accueillir.

Super  plateau  avec  Y. PARLIER,  F. GUERIN,

O. HIVER, C. THELLIER, enfin 31 partants. Seule petite ombre au tableau, l’option double est maintenue, mais il y a toujours le choix.

 

L’architecte Jean Berret construit des Protos, j’en suis très heureux, notre FIRST 345 est un de ses dessins.  Les vitesses augmentent ainsi que les moyennes, plus de 6 nœuds pour de si petits bateaux.        <<Petits, mais costauds>>.

Côté le GONE, gros problèmes ! Nous découvrons l’osmose, et tout ce que cela comporte.

Heureusement, nous sommes avec un grand chantier, il répond présent, le GONE sera dans quelques mois, remplacé  par un autre FIRST 345 S, et tout cela sans trop d’accrocs au budget familial. Il faut patienter, l’immobilisation me coûte beaucoup.

Heureusement, il y a les copains pour naviguer ; d’ailleurs, naviguer en régate sur le voilier des autres a pour avantage de pouvoir observer de nouvelles façons de faire. En plus, à chaque manœuvre délicate, il y a souvent répétition des mouvements afin de bien réussir au moment voulu. Je suis convaincu que c’est la meilleure école pour parfaire sa propre technique et pouvoir évoluer.

C’est aussi la façon de sortir à coup sûr, malgré le mauvais temps qui pointe son nez ou la flemme qui s’installe. Pas question de décevoir les copains.

C’est vraiment un sport d’équipe, un sport d’amis. La  convivialité  dépend surtout du propriétaire, il y a des bateaux qui rouspètent pour un oui pour un non, et d’autres aux rouages bien huilés, qui glissent sans un bruit, et qui réussissent tout.

<<Enfin>>, ce nouveau voilier arrive. Il est encore plus beau, avec sa bande verte, son mât posé sur la quille et quelle classe pour la famille, changer deux fois de barque dans la même année. Nous nous serions bien passés de la chose.    

Ce que nous ne savions pas encore, c’est que l’opération allait se renouveler encore deux autres fois. Il faut bien le reconnaître, le chantier BENETEAU a toujours  été à la hauteur de la situation, qui nous semblait parfois non solutionnable.

Nous savons à présent réceptionner un voilier, remonter l’électronique, régler le mât, etc.

Les amis régatiers du plan d’eau de la baie d’AIGUES-MORTES, nous prennent pour ROTHSCHILD, avec ces changements tous les six mois.

Le mot OSMOSE a un sens plus précis pour le plaisancier moyen. On commence à inspecter les coques avec plus d’attention, la moindre petite bulle devient suspecte. Les experts se font des choux gras, et quelques timides articles pointent le nez dans la presse spécialisée.

On vient juste de découvrir que le polyester, n’est peut être pas éternel.

La revente de nos voiliers devient louche, en avait-il ou n’en avait-il pas. Nous, les Gones nous en avions pour une troisième fois. Retour à la case départ, à nouveau, les bateaux des copains.

C’est là que JEAN me parle de son grand projet : la Transat des Alizés. Il aimerait bien que je convoie BADEBEC pour le retour, l’année suivante. Quelle confiance, quelle chance, quelle joie, un regard à NADINE, une petite semaine de réflexion, le marché est conclu sans conditions, seulement je choisirai moi-même mes équipiers et j’assumerai la fonction de chef de bord.

1987 : année mini - 54 partants. Un certain  Laurent BOURGNON,  ainsi qu’une Isabelle AUTISSIER se trouvent sur la liste avec beaucoup d’autres grands de ce sport.

Une étape presque traditionnelle aux Canaries, des moyennes à faire rêver les plus grands, 5.5  à 6 nœuds sur un parcours de 4000 milles,  Gilles CHIORRI sera le vainqueur. La mini redevient<< SOLO>>

Je prépare avec attention ma transat retour, l’équipage se dessine doucement dans ma tête, accepteront-ils ? C’est Daniel qui rendra la première réponse favorable. Daniel avait fait les Triangles, sur le Sélection, le second fut ANDRE, un ami, client, patron d’une imprimerie en SAONE-et-LOIRE, un costaud au boulot, très méticuleux, mais il n’a jamais navigué. Daniel ne considère pas cela comme un obstacle à la réussite du projet ; le trio est formé.

Il nous reste, de toute façon, le temps nécessaire à l’entraînement, la date favorable du retour étant fixée au 1er  Mai 1988.

BADEBEC, un SUNSHINE des chantiers JEANNEAU, mais en version régate, avec une superbe plume en 7/8e, un plan de pont très étudié, enfin, un vrai régal de voilier.

Nous suivons, comme il est possible, le parcours de BADEBEC durant la Transat des Alizés. Pas trop de nouvelles, mais quelques entrefilets çà et là dans les pages FOOT, je voulais dire, sportives ! ! Dommage ! Internet n’existe pas encore sur notre vieux continent, ou seulement utilisé par quelques gouroux précoces.

Le printemps arrive doucement. Je dois travailler plus pour récupérer ce mois de MAI que je vais chômer. Je commence, avec les séances de gym, cross  etc.… à prendre l’allure d’un sportif, mais le resto midi et soir, plus les invitations de clients me coûtent, il me faut beaucoup de patience et de volonté pour garder l’équilibre. Je partage mon secret avec certains de ces clients, amis et les soirées se transforment en carnets de l’aventure. Le printemps est vite là je reçois un nouveau 345, tout neuf, aussi bien que les précédents, mais avec une bande bleue et un superbe intérieur bleu.

Pour la quatrième fois, nous remontons l’électronique, réglons le bateau. Nous avons un certain automatisme et ses fonctions nous sont familières, pour ne pas dire routinières.

Ce nouveau GONE nous permet de faire nos entraînements en vue de cette future traversée de l’Atlantique.

André notre novice de la voile, découvre ce sport et devient vite  passionné, il sera durant la traversée un très bon équipier. Toujours aimable, surveillant en permanence la manœuvre, toujours prêt à rendre service. Je garderai de cette expérience un excellent souvenir aussi bien techniquement que relationnellement. Badebec sera restitué à Jean dans un état super, notre contrat sera parfaitement rempli.

Il est certain que cette traversée de l’Atlantique confirme ma décision de m’engager à la minitransat.

Ce nouveau 345 fut également un échec et le bateau repartit au chantier.

Après les vacances, nous rencontrons sur le salon de PARIS, la responsable du chantier, ANNETE ROUX en personne. La décision fut prise de transformer le contrat du First 345 en 35s.5. Nous aurons toute satisfaction de ce nouveau modèle, avec lequel nous gagnerons le challenge de la baie d’Aigues-Mortes, sans compter bien d’autres régates. Mais la chose à mes yeux la plus importante, sera l’arrivée sur le port, de <<Mistral Gagnant>>. Hervé Devic à construit ce super plan FINOT en amateur, dans la région d’AVIGNON. Il faut le voir pour le croire, c’est tout simplement <<parfait>>. Rien qu’à le regarder évoluer dans le port (très spacieux, je l’avoue), ce canot dégage une puissance en plus de son élégance.

Evidemment, je peux poser mes questions. Bien qu’Hervé ne soit pas très bavard, il répond avec beaucoup de gentillesse. Je suivrai donc cette nouvelle épreuve 1989 avec encore plus d’attention.

53 partants, 49 classés, une grande course. Ces petits voiliers battent tous leurs records de vitesse avec une moyenne qui ne fait qu’augmenter.

Mistral Gagnant rejoindra le terme de la première étape en un peu plus de onze jours. Il enlève donc la 1re place de la manche, mais hélas, est obligé de rentrer durant la
2e  manche. Il n’a plus de pilotes automatiques en état de fonctionner, quelle déception pour Hervé.

Mistral Gagnant retournera sur le quai de Port Camargue. Je n’aurai le temps de poser mes éternelles questions, (que le voilier est vendu), à qui, je vous le donne en mille ? J.-M VIDAL.

Je pourrai à mon aise le regarder autant qu’il me plaira, et je ne m’en suis pas privé. Nous continuons de pratiquer toutes les régates du golfe du LION, avec un certain succès.

Arrive le mois de Juillet et notre régate vedette, la MINIMAX. Course en double, avec un classement à handicap, ce qui permet la confrontation de bateaux très différents. Même si cela ne représente pas grand chose aux résultats, c’est sûrement l’épreuve la plus sympathique de la saison.

La course dure une semaine, avec des parcours à faire rêver. CORSE ou BALEARES, en alternative.

Mon FIRST 35.5 est un super canot pour la course croisière et les résultats sont là, mais c’est plus fort que moi, je regarde toujours MISTRAL GAGNANT.

Dans ma tête, je calcule. Je sais qu’il me faudra vendre le GONE pour acheter mon mini. Coup de grisou, J.M.VIDAL vend MISTRAL sans que j’aie eu le temps de lui parler. Je ne pouvais me douter de cela. Je connaîtrai la raison plus tard, mais je reste tout de même bloqué ; je regrette de ne pas avoir partagé mon projet avec lui.

C’est D. GRIMONT, l’heureux skipper de ce super voilier  qui porte le nom de G.T.M. Entrepose ; qui remportera cette Mini 1991 ? Elle sera endeuillée par deux disparitions : Marie-Agnès Péron dans le golfe de Gascogne, et Philippe Graber, dans les parages des Canaries. Les conséquences d’une très forte dépression, sur la zone du cap Finisterre et sûrement pas mal de déveine.

Cela ne change rien dans ma décision de participer. Je regarde de plus en plus les petites annonces des revues nautiques. J’ai même pris la liberté de demander le dossier à certains coureurs, vendeur de leur canot en fin d’épreuve, je connais à peu près le budget.

Rien n’accroche vraiment, lorsque soudain, une chose étonnante se produit en moi. Je tombe en arrêt comme un vieux cocker devant une perdrix, sur l’annonce de P. Carpentier. Je ne saurai jamais le pourquoi de ce tilt, sur un voilier étroit, mais c’est celui-là que je veux.

La négociation est brève, un coup de téléphone à mon ami et conseiller J.M VIDAL, retélé… à l’architecte propriétaire Gilles BRETECHE, rendez-vous chez son constructeur, Gil CARMAGNANI, à la Trinité-sur-Mer. Coup de foudre total ! C’est comme cela que l’on se retrouve propriétaire d’un MINI, pas du tout comme les autres. Car celui-ci est très étroit et ne mesure que 1.90 m au bau. Folie, me direz-vous, l’envie de faire autrement, sûrement pas ; non, j’ai su de suite que j’allais réussir mon rêve de mini avec ce voilier. Les choses de ce projet devenant réalités se concrétisent dans le bon ordre. Le FIRST 35.5 se vend quelques mois après, à la personne qui me l’avait réservé de vive voix. CARMAGNANI  me livre un bateau, pour dire neuf.

Je rentre à présent dans le vif du sujet, il me faut apprendre à devenir un Mini.

La remorque, chose très importante lorsque l’on habite la banlieue sud de LYON-GRIGNY pour citer ce petit village de la vallée du RHONE. C’est le fabriquant de remorques ATLAS de VALENCE, qui me cède son modèle d’exposition à un prix MINI. Elle correspond exactement avec le cahier des charges du BRETECHE.

 

Trouver un nom, à ce voilier, car mon fier coursier en a déjà un, il se nomme L’INTREPIDE. Il a su le prouver en compagnie de P. Carpentier durant la MINI 91, en se distinguant par une place de second derrière  D. GRIMONT. J’en ai décidé autrement, et malgré la coutume, je ne peux garder ce nom.

Etant très attaché à mon métier de représentant en matériel d’imprimerie, et souhaitant partager mon projet avec les amis de la profession, après maintes  réflexions, mon INTREPIDE mini deviendra GRAPHIC.

Oui, avec cette orthographe-là, et non celle du marchand de produits capillaires, qui eu la bonne idée de sortir sa gamme au même moment.

Mon ami J.P. Magnan, ayant déjà deux Minis à son actif, architecte et constructeur de ses voiliers, une expérience, rempli de gentillesse et de patience à mon égard, me confirme que mon choix est surprenant, mais sûrement intéressant. J.M. Vidal trouve l’idée nouvelle et pense, tout comme moi, que le coup de foudre en matière de bateau est très important pour la suite du projet.

Mon bateau a étonné et donné toutes satisfactions à Patrice Carpentier qui est une pointure reconnue dans le milieu, et pas une petite, avec un tour du monde sur le VENDEE.

Mon idée de MINI est bien différente des jeunes loups, je veux avant tout terminer avec ce Proto, superbement bien construit par CARMA. J’ai entière confiance et c’est très important pour moi.

Le jour si attendu arrive. La 405 attelée de sa remorque vide, NADINE et moi-même, stationnons devant le chantier à la TRINITE.

Superbe mois de FEVRIER, nous sommes en avance, évidemment.

Quel plaisir cette attente, le temps n’est pas trop long. Facile lorsque l’on sait que seulement quelques minutes vous séparent d’un rêve qui devient réalité.

Des voitures arrivent, CARMA ouvre la longue porte de ferraille. Le voilier est là, suspendu au milieu de l’atelier, SUPERBE, MAGNI-FIQUE, ROYAL !

 

2e partie

__

Préparation

au départ.

 

 

 

La remorque s’ajuste parfaitement sous ce cavalier des mers, avec la maîtrise de CARMA.

Le retour se fait en douceur, l’attelage est parfait, nous rejoindrons le pays des GONES, sans encore bien se rendre compte que notre aventure a réellement commencé.

A la nuit, nous parquons l’attelage le long de la haie de notre jardin. J’ai sûrement la plus belle marina de la région.

Le lendemain matin, avant de partir au travail, nous lui relâchons ses liens. Avec l’aide de NADINE, le mât est rangé dans le sous-sol du garage, pile la  longueur, 12 mètres.

Dure semaine, pourtant c’est le moment ou jamais de bosser. La tentation est forte de tricher sur les horaires de travail. Je n’en ferai rien, pourtant j’ai hâte de rentrer pour commencer l’inventaire. Enfin, tout arrive pour qui sait attendre.  Non, ce week-end, nous n’irons pas à Port-Camargue.

 

 

Il se passera en déballage. J’ai l’impression d’ouvrir une énorme pochette surprise, l’inventaire se fait avec satisfaction. Pour le moment présent, il y a peu de choses qui manquent à l’appel. BRETECHE est homme de parole. C’est la première impression que nous avons eue de l’équipe, <<sympa non>> !

Je ne serai jamais déçu, ni de l’homme, ni du voilier. Pourtant des remarques, il y en a eu beaucoup, certaines encourageantes, d’autres beaucoup moins.

J’aime les choses de caractère, même si je n’aime pas provoquer ; avec le BRETECHE, je suis servi.

Stationné là, le long de la haie, je l’observe, le regarde d’en haut, de côté. C’est vraiment un coup de foudre, inexplicable, c’est de lui dont je rêvais.  Le travail ne manque pas, mais du nettoyage seulement. Il sent encore le large et me demande à repartir. Il n’aura pas trop à patienter, nos amis nous attendent à Port- Camargue.

Notre arrivée est discrète. Seul Jean-Marie et Yannick sont dans le secret. Grutage, quillage, mâtage, GRAPHIC est vite sur l’eau.

Le mener à la place pour le régler est mon premier contact avec lui.

Formidable, nous nous regardons avec NADINE sans oser parler, pourtant ce n’est pas mon genre ! Nous naviguons sur notre rêve devenu réalité. Déjà notre emplacement se présente, maladroitement, mais sans dégât, nous l’immobilisons. Ouf ! la première étape est passée.

La famille Vidal sourit autant que nous deux, plaisir partagé des gens de mer. Rien d’autre à dire que sourire, être heureux. J’ai oublié le lendemain de cette journée. La seule chose dont je me souvienne, c’est que ce voilier ne laisse personne indifférent.

Sortir pour la première fois de notre port, sur notre MINI. Je dis bien sortir tous les deux, car ce rêve nous l’avons partagé, NADINE et moi, c’est très important pour moi ce partage. Cette aventure, nous allons la vivre à deux et la famille, évidemment.

Voilà, c’est parti, la grand’ voile monte, avec un ris. Quinze petits nœuds de vent, nous glissons sur les larges avenues de PORT-CAMARGUE. Cela nous suffit pour le moment. Il y a bien le solent de prévu dans ce programme, mais nous attendons pour le hisser, calme, «s’il vous plaît». Nous passons devant la capitainerie avec une petite risée qui propulse notre coursier à huit bons nœuds, sans notre avis. Nous longeons la digue et notre belle Méditerranée s’offre à nous trois avec une générosité que seuls les voileux peuvent goûter.

Nous continuons notre glissade sans tenir compte des dérives, pourtant bien présentes. Seules les bastaques me préoccupent vraiment, il faut pourtant bien virer un jour.

Nous parlons peu, Nadine très calme comme souvent, ne laisse rien paraître. Je répète dans ma tête les gestes de notre premier virement. L’ordre part, avec calme, <<paré à virer>>, je vire et, sans trop d’hésitation, GRAPHIC effectue la manœuvre.

La grand’voile passe avec un petit claquement sec légèrement métallique. Je me trouve d’un seul coup soulagé. Nous hissons le solent, le réglons, laissons partir le voilier sans serrer le vent. GRAPHIC nous donne pour la première fois la récompense si attendue.

Nous ne ferons pas durer la balade. Le retour à notre place, l’affalage de la grand’voile, et ces autres manœuvres qui deviendront par la suite élémentaires, sont pour l’instant, du domaine de l’apprentissage.

Apprendre, le mot est juste, il me faut tout apprendre, c’est tellement différent. Les conseils viendront de Jean-Marie, seul expéri-menté en la matière, sur notre plan d’eau.

Avec Daniel mon barreur sur le GONE, ma fille Laurence et quelques amis dévoués du club, le 6.50 sera de toutes les sorties.

ROCOCO, un 6.50m de série dont Patrick BLAYOT son skipper a participé, et même gagné l’étape de Vannes/les Açores dans sa série, m’encourage à sortir. Pour étalonner nos montures, nous enchaînons les manœuvres.

Le métier rentre doucement avec quelques hauts suivis de pas mal de bas, mais jamais de regrets, juste l’impression de redécouvrir la voile.

Je commence à organiser le programme d’entraînement. Faire des milles est la chose la plus importante.

Pour commencer en équipage, c’est un grand mot, car à deux on est au complet. Parfois trois, mais seulement pour faire plaisir, car le canot est peu large avec son mètre quatre vingt douze au bau.

C’est l’opposé de la tendance actuelle, différence de conception, où l’architecte privilégie une faible  surface mouillée, à la puissance. Mais côté passager, c’est très dur à gérer.

L’organisation primordiale à bord ne me gêne pas. C’est un peu ma nature et Graphic a suffisamment de place pour le programme auquel je le destine : <<Une MINI Transat, en solitaire >>.

Je suis à présent en contact avec ISABELLE, secrétaire de la classe 6.50. Je commence à monter le dossier. J’espère pouvoir participer en Septembre au National qui se déroulera durant le grand pavois de la ROCHELLE. J’en ai glissé deux mots à J.M. Vidal, c’est OUI.

Super ! cela m’encourage. Nous utilisons les congés d’AOUT pour transporter Graphic et découvrir les lieux.

Première répétition grandeur nature. Pour le présent, la MINIMAX avec NADINE est notre prochain objectif. Grande classique de notre club, une semaine en double avec mon épouse. Et pour cerise sur le gâteau, destination PALMA de MAJORQUE, Baléares. C’est Jean- Marie qui nous a déniché l’accueil, dans ce club royal.

Une trentaine de voiliers sont au départ. Le temps n’est pas terrible, nous serons plus que prudents sur la ligne.

Enfin, nous sommes partis tous les deux. Mon équipière favorite avait perçu son lot de recommandations de la part des amis non partants.

Je peux dire à présent que cette place n’était pas très demandée, même par certains régatiers soit disant confirmés. Nadine assume très bien et nous sommes heureux d’être ensemble.

La première nuit, un peu chaude, le vent d’ouest, monte jusque trente-cinq nœuds. Deux ris dans la grande et le solent sur l’avant. Graphic est dans ses clous. Il part en surf très souvent pour notre grand plaisir. Le pilote, un 2000 de chez Autohelm a déjà une traversée du grand océan. Il assure. sans trop louvoyer, permettant ainsi le lâcher de barre.

Pas encore question de dormir. Pourtant il faut bien apprendre, cela fait partie du programme.

En juillet, les nuits sont courtes et au petit matin, les Pyrénées sont là. Sur le côté, le fameux cap CREUS. Nous sommes pas si mal placés que cela dans la flotte. Le vent cale légèrement, pas suffisamment pour envoyer le spi, dommage, nous sommes << Bleubite >>.

A présent je l’enverrais ! OUI, mais il fallait bien apprendre !

La Méditerranée est belle, mais capricieuse. Le vent cale. Passées les îles MEDAS, nous lâchons les ris, génois maxi sur l’avant et notre petit bateau s’envole vraiment, pour rejoindre le devant de la flotte, avec les grands.

Le moral est au beau, jusqu’à l’arrivée de ces gros nuages, qui annoncent l’orage du soir. Le vent commence à bidouiller, tomber, reprendre, calmasser ; enfin la flotte, si cela continue, reprendra un nouveau départ.

C’est aussi le charme de ces régates. La VHF délire, le bêtisier s’enrichit comme pour se remonter le moral.

Les derniers sont les premiers et <<crack>> l’éclair transperce le ciel, le vent monte subitement, le temps de tout affaler, ficeler, caler, dernier ris à poste et, sans autre formalité, Graphic décolle à plus de douze nœuds en direction opposée de notre cap.

Empannage extrême mais réussi, merci la chance, il en faut un peu. Nous glissons dans ces eaux noires, désordonnées. Je regarde le loch à travers un rideau de pluie, mélangée à la grêle. Nadine s’est réfugiée à l’intérieur, mais reste là, prête à me donner la main. Le compas tourne sur lui-même, je suis le voilier de devant, le grignotant malgré moi. Les chevaux de mon canot sont lâchés. Cramponné à la barre, je ne cesse d’enchaîner surf sur surf. La vague d’étrave monte droite à plus de deux mètres, pour nous arroser copieusement.

Les premières craintes dissipées, la pluie et le vent faiblissent légèrement. Je reprends doucement les commandes de mon étalon, c’est un super voilier, je suis très confiant pour la suite du projet.

La nuit sera douce, le calme après la bagarre, nous dormirons sûrement trop, mais nous sommes tellement bien tous les trois que nous aimerions arrêter le temps.

Petit matin calmos, bizarre. A environ trois cents mètres, la mer monte au nuage, une trombe d’eau, pas très large mais zigzaguante et puis une autre. Nous en compterons une dizaine, nous les garderons à distance respectable.

Tout redevient normal, le soleil chaud avec les brises thermiques à l’approche de l’île, de nouveau les calmasses de fin de journée, pour arriver dans la nuit, fourbus mais heureux, devant le Royal Nautique Club de PALMA .

Nadine a son petit succès et sûrement la reconnaissance de beaucoup. La moitié de la flotte avait levé le pied pour se planquer, elle nous rejoint plus tard, même pour un  concurrent dans la limite du départ pour le retour.

Après la piscine, la douche, visite, repas collectif où chacun refait sa course, sa tempête, sa tornade ! C’est vraiment la détente entre amis, personne ne se prend au sérieux.

Le retour se fera sans problèmes. Je découvre que je marche mieux sur un bord que sur l’autre, que mon super réglage n’était pas si super. Enfin, j’ai encore du travail pour dompter Graphic.

A l’arrivée sur le cap CREUS, la tramontane nous cueille avec quarante nœuds. Nous apprenons la conduite dans du gros temps et là encore, nous ne sommes pas déçus, ni même convaincus des réactions saines de notre voilier, sûrement le meilleur que nous ayons eu !

Il confirmera cela dans la grosse dépression que la MINI ramassera, dans la première étape de 1993.

Les entraînements s’enchaînent avec la cadence du métronome, enfin, ce que les samedis dimanches laissent de disponible car le travail continue. Je ne peux me permettre d’arrêter pour ma préparation.

 

Les vacances arrivent très vite. Il faut penser à sortir Graphic afin de le préparer pour le voyage, en direction de La Rochelle avec un petit détour par le Gers où résident nos parents, côté épouse.

En pleine campagne, dans le petit village de Masseube, je termine les préparations, pose des autocollants, les numéros de pont, etc. Les parents, eux, sont ravis de notre passage, mais comprennent difficilement que je traverse sur un si petit bateau, l’Atlantique.

Cet avis est largement compréhensible, car sur la remorque, Graphic semble encore plus petit.

Le voyage jusqu’à La Rochelle se fait sans problèmes. Remorquer le bateau derrière la 405 est d’une étonnante simplicité, encore un atout pour les coques étroites.

Regruttage, quillage, mâtage, enfin la routine ! Le lendemain, première sortie avec Laurence dans le Pertuis. Je profite également des vacances pour parfaire ma ligne, en courant chaque jour quelques kilomètres et surveillant davantage l’assiette, mais sans me priver des délicieux fruits de mer.

Je laisse la remorque chez Jean-Louis, le représentant régional de la société pour laquelle je travaille, Il surveillera également Graphic, à présent dans le port à flot.

Nous rentrerons tranquillement à Lyon, en ayant l’impression de laisser un peu de nous-mêmes, dans cette magnifique région.

Les trois semaines nous séparant du National 6.50 passeront à cent à l’heure et nous nous retrouverons avec la Famille VIDAL, pour l’épreuve.

Je fais également connaissance avec toute cette équipe, à la moyenne d’âge plus  près de nos enfants. Super décontractée et cool ! J’apprendrai encore beaucoup au contact de Jean-Marie. Sa technique, sa simplicité pour expliquer et montrer, me feront gagner un temps précieux. J’en ai réellement besoin car le niveau est haut et les gaillards de la concurrence pas très bavards.

Petit à petit le métier rentre, il me faudra bien encore cette année pour apprendre.

A la fin de l’épreuve, où nous terminerons dans le milieu de la flotte, Graphic sera à nouveau démonté,  pour rejoindre Port-Camargue.

Durant toute l’arrière saison, je reprends l’entraînement en régate avec les surprises et mon ami Jean-Pierre MAGNAN  ; Jean-Pierre est un vieux routard de la Mini, non par son âge, (nous avons une année d’écart), mais par ses deux participations. En plus, il est l’architecte et le constructeur de ses voiliers, qui sont reconnus dans ce petit monde de la Mini.

Cette synthèse parfaite de connaissances  est contenue dans une enveloppe de gentillesse, de calme, que rien ne peu ébranler. J’ai réellement beaucoup de chance d’avoir de tels amis. La Société Nautique du Grau-du-Roi / Port- Camargue est une pépinière de bonne volonté, c’est très important pour le moral.

Un mini c’est exigeant et, parfois, le moral en prend un coup. Il est dur de partir au large sachant d’avance que le Mistral va rentrer et que, de toutes façons, l’entraînement se ter-minera trempé et bastonné.

Les enfants et Nadine ont remplacé les équipiers manquants à l’entraînement. On en perd pas mal sur ce genre de voilier, surtout l’hiver. Dans peu de temps, c’est seul et uniquement seul, qu’il faudra naviguer. Cela commence à me démanger, je sors de plus en plus souvent, cela ne se passe pas si mal, d’ailleurs.

Pour partager cette aventure avec certains de mes clients, j’ai monté l’Association GRAPHIC. Le but est de réunir des fonds représentant la valeur d’un budget de fonctionnement et de les reverser, en fin d’épreuve, à une ou deux associations.

Ce projet est le moyen de me mettre dans la situation des jeunes sans le sou qui  entreprennent ce défi, de créer un relationnel sportif avec mes Imprimeurs passionnés par cette aventure, en m’obligeant ainsi à partager l’information.

Cette opération me débordera vite, plus de cent amis y participeront. Le logo Graphic sera composé des noms de mes imprimeurs. Des pin’s seront réalisés, une affiche verra le jour, avec pour titre : <<Les imprimeurs lèvent l’encre>>, d’imprimerie évidemment ! ! Voilà, il n’est plus possible de faire marche arrière, il faut aller de l’avant et créer le rêve.

Le mixage travail, bateau, sera un bon mélange. De toutes façons, l’imprimeur est tellement pris par son travail qu’il n’a pas le choix. Ce sont généralement de gros bosseurs, je les aime beaucoup.

Ils participent directement à la réussite de mon désir, je leur dois bien le partage de cette petite aventure.

J‘organise une soirée, dans la région de Beaune, dans le super caveau de Ladoix- Serrigny. avec l’aide de clients amis et de fournisseurs désirant se joindre au groupe. Réussite totale, plus de deux cents personnes, l’esprit Mini est réuni, je reçois des preuves de sympathie, courrier, encouragement, télécopie, jusqu’au départ à BREST.

Même les revues professionnelles parlent de GRAPHIC, les journaux, le syndicat, reprennent l’idée du projet. Ce sera un succès de communication.

L’association VERTICALE sera la bénéficiaire, ainsi que la S.N.S.M. de Port-Camargue. Il n’y a pas à dire, cela motive le bonhomme ! Je répondrai à plus de trois cents lettres.

Des amis clients me rendront visite, Graphic devient un peu leur bateau. Cette ambiance inattendue me stimule encore plus dans mon travail, je ne ressentirai nullement une baisse de chiffre. Malgré mes absences, c’est plutôt le contraire qui se produit.

1993 sera une bonne année. L’entraînement continue de plus belle, avec des allers-retours sur l’Espagne. Manger du mille, il faut manger du mille. Je ferai, quatre mille milles de préparation avant de rejoindre BREST.

Je me souviens d’un retour de Port-Vendres, avec un joli coup de tramontane de 25 nœuds   bâbord amures, à quatre-vingt-dix degrés du vent, l’allure idéale, parfaite pour s’habituer à dormir sous pilote.

Je compte les moutons, pas facile. Pourtant le bateau se comporte bien. J’ai pourtant l’impression d’une présence. Un léger ronronnement m’oblige à sortir pour vérifier, et là , je tombe nez à nez avec un chalutier qui, croyant le bateau vide, l’observait avec un intérêt certain.

La surprise fut grande, je ne saurai jamais pour lequel des deux ! Quelques gestes amicaux, il repartit sur un bord différent. Inutile de vous préciser que je ne dormis pas ce jour-là.

Dormir, pourtant il faut dormir, ce n’est pas le plus simple, prendre le bon rythme, dormir trop et le résultat de la course en subira sûrement les conséquences.

Ne pas dormir suffisamment et l’épuisement gagne rapidement.

Le bon rythme sur une longue distance, c’est sûrement par tranche d’une demi-heure. Avec aménagement dans les périodes de tranquillité.

Le petit temps est sûrement le moins propice au repos, la tension nerveuse peut atteindre un tel degré de stress, que l’on oublie de se ménager. Le gros temps, même s’il impressionne, est plus reposant et permet mieux de gérer son sommeil.

La façon de s’alimenter est des plus importantes, les habitudes  changent en mer, ainsi que les moyens de préparer les repas. La diététique et les conseils de coureurs expérimentés, m’aideront, les lectures, les récits également. Sans penser gourmandise, il est important d’emporter les aliments que l’on préfère sur terre, les moyens limités de conservation feront le reste du tri.

Je suis fada des pâtes, les fameux sucres lents. Heureusement, ils sont la base de mon alimentation en mer, les fruits secs, le lait UHT, les biscuits etc. Pour moi, même si je perds un peu de poids, c’est moins grave que pour certains. Je laisserai huit kilos sur la traversée.

Ma qualification se fera durant la première semaine d’AOUT, durant la Mini MAX, sur le parcours Port-Camargue, Mahon, Port- Camargue, avec une marque de passage obligatoire, Les MEDAS, sur la côte ESPAGNOLE,  au sud de la baie de ROSAS.

Ce coin merveilleux où la mer fait l’amour avec les Pyrénées provoque des changements brusques de régime de vent et de conditions de mer.

Comme toujours, une trentaine de voiliers sont au départ et cette épreuve compte comme qualification pour la Mini. Nous serons donc trois 6.50 à effectuer notre qualif, plus un COCO. Je ferai la connaissance de Dominique KERAUDREN, une jeune fille sur un Plan FAUROUX et J.P. MAGNAN sur un Plan du même nom. Rien de nouveau sur cette épreuve, réalisée dans un mélange de temps, dont seule la grande bleue a le secret. Onze ou douze changements de voilure dans la même journée font partie du normal. Bon exercice pour les Minis que nous sommes.

A côté de Super Calin de J.P.M., je  peux prendre mes marques et encore observer des réglages. Dominique est plus à distance, mais cela n’est pas représentatif pour établir un jugement. A l’arrivée sur Mahon, je serai dans l’ombre de Jean-Pierre et bien placé dans le reste de la flotte.

Le retour se fera dans le même style de temps, avec un échantillonnage parfaitement Méditerranéen. Je garderai le contact avec la tête de la flotte, bien plus à l’aise dans les enchaînements et changements de cadences. La préparation hivernale commence à payer, l’économie de sommeil ne se fait plus sentir, je gère mieux mon capital énergie. Au passage des MEDAS nous serons accueillis par trente à quarante nœuds de tramontane.

L’arrivée jugée devant Port-Camargue, durant la fin de la deuxième nuit, me confirme une place de premier MINI, bien dans le coup de la flotte.

Je suis très satisfait de GRAPHIC et les amis un peu méfiants du vilain petit canard, commencent à changer d’opinion à son sujet. Cet étalonnage, au contact de J.P.M. a été satisfaisant. Les voiliers, bien que de conception différente, affichent des performances identiques, avec peut-être un petit plus pour GRAPHIC au portant, Super Calin étant plus à l’aise au près.

La qualification terminée sera le terme de ma préparation ; il faut à présent songer à préparer Graphic pour son transport sur le lieu du départ,  <<BREST>> .

Le gruter à terre, le caréner, j’opte pour une matrice dure, le poncer et le reponcer, terminer les derniers bichonnages. La routine ou presque, car pour moi tout fut découverte et plaisir.

Je reprends le travail, pour une ultime tournée avant le départ, mais je pense que mon cœur est là-bas. Je regarde en permanence à l’Ouest, la météo n’est plus celle de la grande bleue, mais bien celle de la Bretagne.

Tout ce qui touche cette si belle région me touche subitement, je pense breton, chante breton.

Grâce à cette expérience, nous découvrons la Bretagne, nous prenons le temps de visiter. Le soleil en cette fin d’été ne manque pas, c’est sûrement un clin d’œil pour nous laisser prendre pied à  dose homéopathique.

Soixante et onze inscrits, une grande majorité de Français, mais la Belgique(5), l’Italie(4), la Hollande(1) sont également représentées. Je cite la page treize du chapitre SOLITAIRES de notre ami Dominic Bourgeois, encore un marin incontournable qu’il faut absolument rencontrer. Son sens de la perfection, de la rigueur (avec son ami Philippe Naudin), seront une grande part de la réussite de cette épreuve 93. J’ai eu la chance de participer en leur compagnie à la fabrication d’un petit ouvrage, édité chez un ami imprimeur ardéchois de Privas en cette fin Août 93, ouvrage qui sera ma mémoire pour la rédaction de ces lignes. De superbes illustrations du peintre Gildas Flahaut, <<encore un ami des 6.50 >>,  rendent cet opuscule magique.

 

 

B R E S T

1 9 9 3

 

 

Septembre 93 - Port du MOULIN BLANC.

 

«BREST».

Tout arrive, Septembre est ensoleillé, nous retrouvons Graphic sur son quai. Doucement, les ministes rejoignent le port de départ. L’organisation est au complet. Dominic installe son Mac et rédige ses premiers articles.

Notre président Denis Hugues, suivi de son fidèle compagnon à quatre pattes, arpente les quais. Denis et Isabelle (notre sympathique secrétaire), connaissent tous les membres de la tribu mini.

Les anciens aident les nouveaux, l’ambiance est déjà là, oui le mot tribu correspond bien, pas de chichis, l’efficacité prime.

Notre jaugeur, Claude Bigeard, la soixantaine sportive, fait régner sa loi, les pannes se transforment en un immense chantier de réparation.

Les promeneurs se mélangent aux coureurs, préparateurs. Les journalistes passent de 6.50 en 6.50, posent leurs questions. Déjà les favoris sont repérés, la presse locale édite leurs articles avec les photos. Evidemment, certains très connus dans le milieu pour leur palmarès, affichent une décontraction relative. La simplicité domine largement.

Je ne suis pas précisément le plus jeune, mais non le plus âgé, laissant cette place à mon ami Jean- Pierre Magnan, d’un an mon aîné.

Je me retrouve pleinement dans cette ambiance d’avant départ, c’est certainement le moment le plus jouissant de cette longue attente, il n’y a plus à penser, il ne reste qu’à faire.

Nadine m’aide énormément, elle aide également aux multiples besognes de l’organisation, il faut le vivre pour le croire, une entreprise bien huilée où l’amitié domine. Elle ne faillira pas jusqu’à l’arrivée.

Je dois trouver un équipier pour le prologue. On me propose un jeune de la région, mini dans  l’âme, possédant un 6.50, mais non le budget pour participer.

Beaucoup de jeunes sont dans son cas. Une autre année, ils auront plus de chance. Pour le moment, le grand problème pour la majorité de la flotte, est de présenter sa monture fin prête à notre ami Bigeart. Il ne laisse rien passer, il connaît parfaitement sa fonction, elle sera le gage de notre sécurité. Tous les coureurs en sont conscients, mais pour l’instant, beaucoup aimeraient contourner l’obstacle.

Notre ami Claude arrivera à amener l’ensemble des coureurs sérieusement préparés à la fatale présentation des afmar. pour l’obtention de la dérogation en première catégorie.

 

Prologue en rade de BREST

 

Sorti une bonne heure avant le gros de la flotte, Olivier, l’équipier brestois et moi-même, tirons des bords pour reconnaître le plan d’eau. Graphic est dans ses marques de réglage, cela se présente plutôt bien. Nous attendons le start du départ sans inquiétude, nous avons choisi la fin de ligne pour ne pas accrocher, surtout prendre aucun risque. Nous partirons comme prévu, plutôt en troisième rideau, le bateau navigue bien par ces quinze vingt nœuds de vent.

Je confie la barre à mon indigène Olivier qui se régale de cette navigation musclée. Nous n’avons pas de prétentions de résultats, mais nous jouons le jeu de la régate. Sûrement trop, car nous ne nous méfions pas assez d’un plaisancier distrait, ou trop curieux, qui arrive sur notre tribord, pour couper notre route.

Nous ne pouvons imaginer une seconde qu’il allait exiger sa priorité. Erreur fatale, impossible d’éviter la rencontre, le choc, légèrement amorti par un réflexe de dernière seconde, les deux voiliers s’enlacent.

Je ne peux que constater les dégâts, bôme tordue, grand’voile arrachée, coque tribord arrière légèrement enfoncée. Tout cela à deux journées du départ, Olivier est choqué, il ne peut expliquer. Le plaisancier est navré, son intention n’était nullement de nous contrarier.

Graphic meurtri rentre en remorque au port du Moulin Blanc. Dans ma tête, je cogite l’ordre des réparations.

Nadine a suivi l’accident de terre, elle nous attend sur le quai, soulagée que nous n’ayons que des dégâts matériels. Des collègues me proposent leur aide. Un grand gaillard, que je ne reconnaîtrai pas de suite, constate les dégâts, me dit : « le plus important est de faire réparer ta grand’voile chez INCIDENCE ». Je reconnaîtrai Olivier de KERSAUZON. « Si tu te dém.… bien, tu seras prêt pour le départ ».

Tout s’enchaîne très rapidement, la voile est portée à la voilerie. Ils travailleront toute la nuit, pour me la rendre comme neuve. Même le dessin de la classe de l‘école C.M. KERARGAOUYAT, dont les 18 élèves et leur instituteur, Monsieur LE ROY, m’ont accordé leur confiance, a été restauré.

Ces charmants bambins de huit, neuf années ne seront pas déçus, je serai sur la ligne de départ.

Les artisans de BREST me feront le solde des remises en état. C’est à ce moment que j’apprendrai, en déclarant mon sinistre, que je ne suis pas assuré. Le courtier avait pourtant encaissé mon chèque, deux bons mois auparavant sans l’accord de la compagnie. Elle refuse mon dossier ainsi qu’une quinzaine d’autres.

Je ne citerai ni le courtier ni la compagnie, mais je peux vous dire que cela frise l’escroquerie. Je partirai donc sans assurance, du moins en ce qui concerne le matériel, car la responsabilité civile est couverte par la F.F.V.

Ces deux dernières journées passent à cent à l’heure. Je ne suis pas seul à travailler, jusqu’à la dernière minute. L’ensemble des concurrents bricole leurs montures, les pannes sont un véritable chantier. J’aime cette ambiance des derniers jours.

On consulte la météo avec plus de précisions.

A ce sujet, cela ne s’annonce pas terrible pour nous. Graphic a repris son aspect d’avant. Claude Bigeard a repassé le contrôle, les afmar sont O.K.

Nous garderons la dernière soirée pour nous deux. Il est prévu un petit repas en amoureux ; nous mangerons dans un petit resto du Moulin Blanc, à la table à côté de Pascal LEYS et de sa compagne, (il est l’heureux skipper de SODIFAC ROUBAIX ex. Mistral Gagnant, mon premier amour de mini).

Ce sera la première et dernière fois que je rencontrerai ce si sympathique garçon qui, en tête de la première manche, disparaîtra dans le très mauvais temps que nous allions affronter dans le golfe de GASCOGNE.

Cette dernière nuit sera longue et courte à la fois, impatience du départ, petit tiraillement de la séparation.

Notre couple est soumis, par mon métier de représentant, a des départs permanents, mais là, c’est un peu différent.  NADINE reste à terre et ce projet, nous l’avons monté à deux. C’est le cas pour beaucoup d’autres équipages, mais je tiens à souligner qu’il est sûrement plus facile de partir que de rester.

 

Mercredi 29 Septembre 1993

 

Briefing Météo, où seuls les coureurs sont habilités à assister, c’est un secret pour personne, ce ne sera pas une partie de plaisir. Rien que la tête de l’organisation nous explique la suite.

Denis Hugues, Dominic Bourgeois, nous expliquent sans fioritures à quoi nous nous exposons. Ils assurent que celles ou ceux qui ne prendraient pas immédiatement le départ ne seraient nullement pénalisés, ni jugés et qu’ils auraient peut être raison.

Le calme régnant dans cette pièce confirme que chacun des coureurs sait à quoi il va être exposé. Pas de plaisanteries, chacun rejoint sa monture dans un calme inhabituel.

Je monte sur Graphic, c’est le bateau moteur de l’assistance de Gwen CHAPALAIN (Conserveurs bretons), qui me propose la remorque.

Graphic glisse doucement. Nadine marche le long de la panne, je ne la lâche pas des yeux, la gorge serrée un peu, je souris et souris encore. La grand‘voile monte pour une fois simplement, je suis en course,  surveille les priorités et m’éloigne de tout bateau, Le vent a légèrement faibli.  J’ai deux ris de pris dans la grand’voile et le solent sur  l’avant.

Beaucoup de monde sur le plan d’eau, beaucoup trop à mon goût, c’est le grand départ. 15 heures, je ne passerai pas la ligne en tête, moi je veux avant tout terminer.

Bord de près, les virements s’alignent avec un mécanisme presque parfait. Je ne peux me situer sur le plan d’eau, enfin, je remonte le goulet et cela est essentiel, sortir avant la tombée de la nuit.

Sur mon côté, je remarque bien un bateau moteur avec des caméras. Ils filment depuis quelques minutes, doucement sous mon vent, ils me longent. A sa gouverne, je reconnais Olivier de KERSAUZON, venant me saluer en m’encourageant de la main. C’est cela la classe des grands.

La nuit tombe doucement, je doublerai et me ferai doubler sans savoir  trop par qui, toujours très attentif aux voisinages.

Je n’envisage nullement de traverser le Raz de Sein. 20 heures, je renvoie au 280 300, je croise quelques mastodontes, heureusement très éclairés.

Il y a de la mer mais cela se passe bien, toujours des Minis en vue, devant comme derrière. Le baromètre est à 1012, aucun repos durant cette première nuit plus calme que je n’osais l’espérer. Un peu de pilote auto de temps à autre, je tire un grand bord d’Ouest pour me dégager et surtout éviter le contact des cargos.

Jeudi 30 Sept. 7 h :TU loch 7447, baro 1009 soit 70 milles environ du départ, je suis sur l’estime.

Je reporte tant bien que mal mes changements. J’essaye de me nourrir, essentiellement de lait et pain, je ne ressens pas trop la fatigue de la nuit. Je commence à être humide, je fais pourtant très attention.

La chute du baro ne me trouble pas, homme averti en vaut deux. Je sais que nous allons déguster. Graphic navigue d’une façon très réconfortante, il tape rarement. Le pilote A 4000 est plus efficace que moi et je me repose une bonne demi-heure d’un profond sommeil.

A mon réveil, je me demande vraiment où je suis, j’ai du mal à me situer, je vérifie l’ensemble de ma navigation, c’est bien, je fais un cap au 200, cela bouge plus que ce matin, la dépression commence à rentrer sur la zone. 15 h, 39.52, le baro chute à 1005, je pense avoir fait 46 milles depuis ce matin 7 h. Je tente une première visée avec le sextant plastique, qu’est-ce que ça bouge !

J’applique la théorie des trois visées, 20°46, 21°11 etc., je manque de précision. Il faudra sûrement faire avec et espérer mieux. 20 h TU, je renvoie pour la nuit au 300 et me prépare pour ma deuxième nuit. Graphic remonte courageusement entre 3 et 5 nœuds, je garderai cette option toute la nuit.

La mer devient forte, j’ai du mal à estimer la force du vent. Les faits sont là, j’ai le 3e ris à poste, plus  un ris dans le solent, conclusion : cela doit souffler.

Le bruit est réellement impressionnant, je passe la majorité du temps à l’intérieur, c’est la grande semaine du blanc. J’appréhende la déferlante, celle qui fait frissonner, même bien au chaud dans son lit. Si elle veut rester chez elle, je ne me plaindrai pas,

Le 1er Octobre 93, je participe à la mini et pour du bon, c’est bien ma chance, ramasser du mauvais temps dès le début. Le baro est à 993, c’est blanc de partout, il me semble apercevoir une voile sur mon tribord, réconfortant non !

Je ne suis pas le seul fou à jouer dans le coin. La V.H.F : pas de réponse, normal, il y a quelques minutes la mienne aussi était éteinte. Faut dire que la seule énergie que je possède est un super panneau solaire, qui ne la pas encore vu ! Alors, économie, priorité au pilote.

Je fais à présent un cap au 200/210, le tourmentin à un ris est à poste, ça déferle de partout, je dois avoir la baraka, car je passe relativement bien, le bruit est impressionnant. De temps à autre, je passe sur la tranche avec un bruit de train, mais mon petit voilier redresse et reprend la route.

Je suis dans ma couverture de survie, étonnant comme ce semblant de gadget est efficace. J’aimerais bien me changer mais je retrempe aussi sec, j’y passerais toute la réserve, alors attendons des jours meilleurs.

14 heures, V.H.F : annulation de la manche. Pour moi c’est une catastrophe, je crois avoir pleuré. Je fais répéter MELODY NELSON  ; Ile de NOIRMOUTIER me confirme qu’une trentaine de concurrents serait déjà rentrée. C’est impossible, je ne comprends pas, il y a plus de danger à rentrer à terre que de rester en mer.

Le port le plus proche dont je connais un peu l’approche, c’est La ROCHELLE.

A présent, je suis en contact avec PETIT MALIN d’ERNESTO, un ami Italien avec qui j’ai sympathisé, ainsi que 400 COUPS et LOUSTIQUE, un Méditerranéen.

Le temps passe et ne compte plus, il faut rentrer alors rentrons, ils ont sûrement de bonnes raisons, mais ce n’est tout de même pas de chance.

Cap au 120° 90°, oui à 30° près, difficile de faire mieux. La mort dans l’âme, j’essaye de rejoindre la terre. Une déferlante plus maligne que les autres me couche mat sous l’eau, tête en bas mais sans faire le tour et recommencera presque de la même façon, une autre fois, à 10 minutes d’intervalle.

Je regarde à l’extérieur, rien n’a bougé, le pilote A 4000 est constamment sous l’eau. Je me demande comment il peut encore fonctionner, je l’avais au préalable chattertoné sur la barre. Autour de moi c’est tout blanc, avec des montagnes d’eau. Graphic tire sa route avec des pointes à huit/neuf nœuds, pourtant je suis à sec de grand’voile depuis ce matin. Je retourne à l’intérieur, car j’ai froid.

Inutile d’éponger l’eau, il en faut si peu pour tout mouiller, l’important c’est de ne pas avoir trop froid.

Il me semble entendre le bruit d’un avion. La radio reste muette, attendons ! Je trouve le moyen malgré cela, de dormir par petites tranches de quelques minutes.

Manger, sûrement le plus difficile et pourtant nécessaire pour ne pas trop faiblir, toujours du lait, car le pain est passé par-dessus bord avant de faire la bouillie dans les fonds déjà super glissants.

Le 2 Octobre 1993,  baro 990 estimes, je serai à environ 200 milles nautiques des SABLES ou de La ROCHELLE. Je viens d’apprendre la récupération de LOUSTIC, de PETIT MALIN et de quatre autres amis.

10 heures : 10 milles, je croise le paquebot EDOUARD ELBE. Il me donne ma position 46°30 Nord et 03°38 Ouest, cap au 95 je relève mon loch 7689.  A présent, j’ai quelque chose de précis pour rentrer sur la Rochelle.

Découverte : l’ensemble de mes vêtements et sous-vêtements ont été mis sagement sous film étanche. Ma fille LAURENCE et Nadine, à mon insu, ont glissé des post-it avec de gentilles annotations m’encourageant ainsi dans cette épreuve.

J’aurais aimé ouvrir tous les paquets pour pouvoir lire ces petits mots doux. Ils seront ouverts sans précipitation au fil de la course et chaque fois, ce sera le même délice. Petite indiscrétion mais ce fut la seule :

<<Mon cher papa, ces petits mots étaient le seul moyen de te parler pendant ta course. Tu vas leur en mettre plein la vue. Je t’aime très fort. LAURENCE>>. J’ai évidemment collectionné l’ensemble de cette correspondance, je vous avoue que cette aide est formidable.

Grondement de moteur d’avion, cette fois c’est sûr, ce n’est pas une déferlante, c’est un avion. A la V.H.F., j’entends : <<Graphic, répondez, répondez, Graphic>>.  N’en croyant pas mes yeux, la tête à peine sortie, juste pour voir à ras la mer le Bréguet atlantique s’éloigner. Le dialogue s’installe avec l’opérateur << Tout va bien pour vous, nous repassons dans quelques moments, car nous venons de passer sur un mini retourné>>.

Les minutes durent des heures, je pense à mon collègue, sans savoir qui il est. Je comprends mieux la terrible décision qu’ont dû prendre les organisateurs pour arrêter la manche.

A nouveau, la radio me nomme : <<Graphic, Graphic, vous me voyez ! >> J’ai beau écarquiller tout grand mes yeux, je ne vois, ni entends rien. Ils ne comprennent pas, car eux sont persuadés être passés au-dessus de moi. Je continue la discussion avec le gros avion, qui me précise que son dernier passage était pour un autre collègue et qu’ils m’ont confondu.

Très heureux de pouvoir discuter, ils m’encouragent à continuer et ils me donneront ma position exacte, à ma verticale. Cette fois, aucune erreur, s’il ne m’a pas coupé le mât en me survolant, c’est qu’il m’a raté. Il me donne ma position, que je note sur une planchette qui me sert à la découpe pour la cuisine. Il me confirme la remontée du baro à 1001 et m’encourage dans mon choix de rejoindre la Rochelle.

18 h : 27 TU, mon loch me donne 7725 milles. Mon cap est bon, la mer reste très grosse, mais cela me semble moins casse pipe.

M’enroulant dans cette géniale couverture de survie, je retrouve un peu de chaleur et m’endors sans demander mon reste. << Graphic pour 400 Coups ; je pense également rentrer sur la Rochelle, donne-moi ton estime>>. De suite, MELODY NELSON lui, souhaitant rentrer aux Sables me pose la même question. Il y a du monde sur la ligne et je dois en convenir, c’est réconfortant.

Dimanche 3 Octobre : 0 heure : toujours très fort ce passage à un autre jour. Une petite lueur juste devant semble ressembler au relèvement d’un phare, confirmé par mes amis de misère.

Ils connaissent sûrement mieux la route que moi car à part le National couru à la Rochelle, je n’ai jamais navigué dans ces eaux.

J’aimerais rendre un petit hommage aux gens du Cross d’ETEL et de SOULAC qui, grâce à leur patience et gentillesse, ont fait le maxi pour nous renseigner et répondre à nos questions. Ils sont restés, se relayant toute la nuit, pour nous rassurer de notre bonne progression. La solidarité des gens de mer n’est pas un vain mot, elle existe, ils viendront même nous rendre visite au port, à l’arrivée.

4 heures du mat. j’ai des frissons, reprendre la chanson  serait de circonstance. J’ai remis un peu de Sud-Ouest dans ma route, pour ne pas manger la Pointe des Baleines et son si rassurant phare.

Après un contournement des plus raisonnables, je me glisse entre CHASSIRON et les BALEINES, pour entrer par le Pertuis. 8 heures : je laisse à bâbord le phare Chanchardon, la mer jaune est toujours impressionnante et sous tourmentin, nous filons encore 5/6 nœuds. Le baro remonte à 1005, contact radio avec le port, « pas possible de vous remorquer», je ne le souhaite pas, d’ailleurs.

Graphic est très maniable, seule la marée devenant basse m’inquiète un peu, j’enroule Chauveau, je devine dans le fond La Rochelle. Je rentre aux Minimes avec facilité.

Il y a du monde, beaucoup de monde, la télé, rien que cela ! la presse et les questions.

Moi, je ne vois que NADINE sur le quai, toujours un peu en retrait, mais tellement présente avec moi. Nous avons du mal à nous rejoindre, le cameraman veut absolument entrer dans le mini pour filmer. Il renoncera et filmera  l’intérieur depuis l’entrée et sans moi, presque déçu du manque de désordre.

Je n’aime pas le désordre, même dans le gros temps, je trouve toujours moyen de ranger. Il me faudra répondre à maintes questions, souvent pas très sympas pour les Minis. Là, ils tomberont sur un bec, la 6.50 est une classe responsable et majeure.

Le calme après la tempête, le plaisir de retrouver Nadine autour d’un super repas, dans un petit resto dont la Rochelle a le secret.

J’avais plus faim que sommeil, mais il ne tardera pas à me gagner.

Le coup de téléphone à Isabelle, tout heureuse de me savoir à bon port et les mauvaises nouvelles. La disparition de notre ami Pascal, la terrible décision pour l’organisation de suspendre l’épreuve, (pour la reprendre dans quelques semaines à Madère), a sûrement été un dur cas de conscience pour les responsables.

Ces organisateurs, tous des coureurs, car le mot «anciens» ne serait pas juste, bien qu’ils aient plusieurs Mini a leur actif. Ils savent se sacrifier pour organiser, pour que les autres courent.

Après avoir retourné le problème dans tous les sens, le plus raisonnable pour moi est de retourner sur mon secteur pour travailler, en attendant les directives.

 

Je demande au Comité l’autorisation de rejoindre Madère au départ de Cadix <<Sud Espagne>>, pour pouvoir travailler un maximum de temps. Mon ami Pierre Meilhat, dans la même situation, formulera le même désir, La réponse favorable nous facilitera la suite du projet, sans trop pénaliser le boulot.

Pas facile cette demi-reprise de travail, le téléphone ne cesse de sonner, toujours les mêmes questions des amis, des clients amis.

Pas toujours facile à expliquer que je souhaite vraiment repartir. Seul le contact avec Isabelle me donne le courage de travailler, elle m’assure que le prochain départ se fera bien à Madère.

Thierry Dubois d’ailleurs, vient juste de rejoindre l’île. Privé de sa V.H.F., n’ayant aucun moyen de communiquer, étant passé hors des mailles du Bréguet atlantique il continuera, hors course sans le savoir jusque sur la ligne d’arrivée, très étonné du peu de monde pour le recevoir, fatigué, fourbu, meurtri,  mais en grand marin.

Le temps ne passe pas vite à terre, malgré les contacts permanents, mais avec Pierre, enfin, la seconde partie de notre aventure se dessine.

Jeudi 14 Octobre : la remorque est derrière la 405, nous roulons à bonne allure sur l’autoroute de Clermont-Ferrand. Un ami, Bernard, se joint à nous pour nous aider à remorquer GRAPHIC et surtout tenir compagnie à Nadine, pour le rapatriement de la remorque, au retour de CADIX. 11 heures : nous sommes devant le Mini et le rendez-vous avec le grutier est pris. Repas sauté, mais, à 17 heures, GRAPHIC trône sur la remorque, fin prêt à prendre la route.

Vendredi 15 Octobre : nous serons déjà bien avancés lorsque le soleil étendra ses premiers rayons. Nous roulerons non-stop, juste le temps de faire le gazole, traversant Madrid vers 18 heures en pleine sortie du travail, pour continuer notre descente au 180 sous les étoiles.

Au petit matin, nous sommes devant l’entrée du port privé de CADIX et attendons l’ouverture des grilles pour réserver le grutage, matage, etc. Mon ami Pierre Meilhat arrive avec ses amis, quelques heures après nous. Leur programme étant le même, le grutier ne pose même pas de questions.

Une bonne nuit là-dessus, les traces du voyage disparaissent et c’est déjà le retour de Nadine et Bernard pour Lyon.

Les feux de la remorque passent à peine la grille du port que je me replonge dans les réglages du gréement, car nous souhaitons lever l’ancre en fin d’après-midi.

Une dernière bière sur le quai et c’est le départ. Le vent n’est pas de la  partie mais cela n’est rien, l’important est de partir.

Long 06.15, Lat. 36.30, Puerto SHERRY, Baro 1025, loch 7786, Cap Madère, Long. 16°40 W, Lat. 32°43 N, 560 milles au 246.

 

Il ne reste plus qu’à faire marcher GRAPHIC, pour l’instant, profonde pétole. Mon ami <<L’Esprit de Service>> rame de la même manière que moi. Parfois, une risée favorable le déhale de quelques brasses, pour que je puisse mieux le remonter à mon tour. Pierre est un garçon agréable, nous concevons la mer de la même façon, pas trop de radio, juste ce qu’il faut pour rendre cette mini régate agréable.

 

Lundi 18 Octobre : loch 7810, environ 30 milles du départ, pas trop violent ce démarrage, la mer est belle, le vent presque nul, il faut patienter.

Je pense à Nadine qui doit être arrivée à Lyon, ma belle-fille attend un heureux événement, peut être que !

Le sextant commence à faire partie de ma vie, beaucoup plus facile par mer calme que dans le golfe de GASCOGNE par 45 nœuds de vent.

Mes repas sont simples ; avec cette chaleur, je n’ai pas vraiment faim, mais le sommeil me manque alors je préviens Pierre d’une petite absence. Elle durera presque une heure, c’est vraiment trop, il me faut réapprendre à dominer mon sommeil par tranche de trente minutes. Pierre me confirme qu’à son tour il s’est oublié, peut être à cause de la chaleur.

Le vent rentre doucement pour se stabiliser à 15 nœuds à 90°, c’est l’Amérique, le voilier démarre à 8 nœuds sans spi.

J’attends encore un peu que cela soit plus favorable, à mes côtés sous mon vent, juste ce qu’il faut pour ne pas se gêner. Pierre fonctionne de la même façon. La soirée sera à l’identique de la journée, navigation de rêve. Ce soir, soupe chaude, compote de pommes avec biscuits secs, lait UHT, je bois beaucoup de lait en mer, cela me régule.

Cette nuit, je vais profiter de cette navigation peinarde pour régler mon sommeil. Le ciel grandiose et le vent stable nous permettent d’aligner des milles comme j’aligne des km sur autoroute. Il n’y a rien d’autre à faire que se laisser transporter.

Nous communiquons à heures fixes. De jour, les panneaux solaires donnent à fond. Je prends la barre pour m’occuper et jouir de ces moments de roi, où l’on peut tout oublier ; le baro reste calé à 1027.

Mardi 19 Octobre à 7 heures :TU, déjeuner lait céréales, oui les céréales passent bien et avec le lait, elles apportent une bonne réserve d’énergie. Le vent de Sud, stabilisé entre 12 et 15 nœuds, annonce une superbe journée. Je redécouvre les petits messages de ma fille LAURENCE dans mes sous-vêtements, cela me fait toujours le même effet, beaucoup de bonheur dans l’intérieur du mataf.

Je passe beaucoup de temps à l’astro. J’utilise d’ailleurs mes notes pour rédiger ces lignes. Dès que le soleil monte sur la ligne d’horizon, je prépare le sextant ; la montre, le papier, la gomme, le crayon et pour ne rien vous cacher la calculette autorisée. La mienne est une Digisun, une vraie petite merveille, il ne lui manque que la parole, cela me facilite réellement la vie mais il faut être rigoureux dans les visées.

J’applique la méthode des trois relevés successifs, je choisis le plus logique par rapport à mon estime. Cela semble tourner rond, nous verrons bien dans quelques jours.

Mercredi 20 Octobre : 7 heures –TU, la nuit a encore été super, je commence à prendre le rythme, toujours pas trop de travail, ce voilier est vraiment bien.

Thé, pain complet sous cellophane, une journée à 163 milles les doigts dans le nez, des moyennes de 6 nœuds  8, que demande le peuple ! Mais il ne faut pas se prendre pour Tarzan, aujourd’hui c’est facile, mais je ne suis pas prêt d’oublier la première étape. D’ailleurs, mon harnais ne me quitte pas, je pense à notre copain qui nous a quittés durant cette mauvaise tempête, lui il était costaud, un super marin, avec la course dans le sang. Pensons à autre chose, mais ne l’oublions pas, il restera à jamais sur mon voilier durant toutes mes navigations futures. Je viens de tailler le porte-mines que m’a offert mon fils Didier, taillé avec application, car l’épaisseur des traits sur le routier peuvent provoquer des erreurs de plusieurs milles nautiques.

Point du début d’après-midi, 24 milles entre les deux relèvements, moins 8,4 au 217 et 9,5 milles au 65, Lat. 34°22 et Long. 12°15, le but est à
242 milles au 246°. Tout cet énoncé de chiffres et le résultat des calculs de la journée, le vent reste stable, mais la mer est plus grosse.

Le baro est tellement stable que je me demande bien ce qui pourrait le déranger. Je suis de plus en plus émerveillé par la nuit, le spectacle des étoiles est grandiose. Je regrette mon ignorance à leur égard.

Dans cette myriade de constellations, je suis incapable de donner un seul nom. Je fais le vœu de remédier à cela, mais la seule étoile que j’aimerais voir, c’est celle du phare de Porto Santo ; elle devra briller dans l’alignement de mon hauban tribord, elle me confirmera que mon astro est juste. J’ai programmé, suivant mon calcul cette vision, dans la nuit de Jeudi à Vendredi, entre 22 heures et 2 heures du matin. Evidemment, si tout continue à bien marcher.

Le lever du soleil, juste dans mon sillage est merveilleux, d’ailleurs, tout est merveilleux. La myriade de poissons suivant le bulbe de Graphic, le reflet du soleil naissant sur le dos argenté des coryphènes, je ne serais pas aussi formel au sujet des coryphènes, mais c’est tellement bien dans la description, là aussi j’aurais bien à apprendre.

 

La journée défile sans soucis, le voilier vogue
sans  mon aide. J’essaie bien de bidouiller la voile pour faire semblant d’améliorer.

Huit nœuds constant s’alignent au loch comme les minutes au réveil. Cette journée de Jeudi coulera dans notre trace, nous nous ferons seulement rattraper par le soleil, pour le voir disparaître sur cette ligne d’horizon  que l’étrave du 6.50 ne cesse de pointer.

Attentif, vous avez dit attentif, et bien oui, plutôt ! mon gars, ce hauban tribord me cache sûrement l’éclat du phare. J’ai dû user mes yeux à force d’observer. Cette attente est délicieuse, si j’étais sûr d’avoir raison.

Impatient, je ne le pense pas, mais tout de même, cet éclat devrait être là.

Il me faudra attendre 22 heures pour voir un semblant de scintillement, là, exactement, dans ce sacré hauban tribord.

Je gonfle le torse tellement mon orgueil de vieux marin ressort. Pourtant, rien de plus normal et bien non, pour moi, l’astro n’est pas encore normal, j’applique, mais dans ma petite tête de certificat d’étude, je ne comprends pas tout.

Ma super calculette a fait sûrement grillé quelques étapes, enfin cela marche. Je longerais à quelques milles les lumières de Porto Santo.

Me libérant de cet avant-dernier obstacle, un peu de sommeil, il me reste environ quarante milles d’eau libre avant l’arrivée sur MADERE.

Le sommeil, malgré la fatigue ne sera pas profond, les coups d’œil à l’extérieur, plus fréquents qu’à l’ordinaire, la terre pourtant vue de loin me remet à l’évidence de la veille.

L’île naîtra en même temps que le soleil. Elle apparaît aussi nette qu’un découpage de bandes dessinées. Je n’ai plus sommeil, ni faim, ni rien. J’aimerais partager ce moment, rien d’original pour un solitaire qui vient juste de prononcer le prénom de sa femme. Oui, j’aimerais partager ce super moment avec elle, j’essaie de l’imaginer dans notre maison, non je pense simplement qu’elle est là avec moi, ou alors très près.

Sept heures trente, je laisse sur tribord le phare de MADERE, je fais route sur FUNCHAL. La mer est plus agitée, je passe sous le vent un voilier style OVNI .

Des enfants me font des signes, ce sont des SUISSES, beaucoup de plaisir de les passer à allure nettement supérieure. Le temps ne compte plus, je savoure ce dernier instant car, face à moi, un zodiac vient à ma rencontre  à vive allure, <<Salut PAPY ! >> ; ils me donnent un FAX m’annonçant la naissance de ma petite fille ELODIE. Je bafouille, merci, merci beaucoup. J’affale les voiles, la remorque est passée, je rentre dans FUNCHAL. J’allais oublier de préciser que cet accueil devant le port, était de THIERRY DUBOIS.

Mon ami Pierre est arrivé une heure avant, je suis le troisième à rejoindre la ligne du deuxième départ. La tradition des mini s’accomplit, que les premiers viennent accueillir les derniers. Même si nous ne sommes pas en course, je suis le plus heureux des hommes. Je passe une seule nuit au port, car je dois rejoindre LYON rapidement pour reprendre le travail durant une vingtaine de jours. Je quitte cette île de rêve sans trop de tristesse car tellement de choses importantes m’attendent à la maison.

 

 

3e partie

____

 

MINI

TRANSAT

 la traversée

 

 

 

 

Satolas, aéroport de LYON, la famille est là pour m’accueillir. Le voyage Madère/Lyon, avec un changement à Lisbonne, est une formalité. Quel contraste entre le voilier et l’avion, je flotte dans un nuage. Mon fils Didier me donne des nouvelles sur la toute petite ELODIE qui pourtant, dans ma tête, fait pleinement partie de la famille. La voiture se rapproche de la maison, j’ai réellement hâte de la rencontrer. 5.4.3.2.1 nous y sommes. Ma belle-fille Laurence est là, avec ce super cadeau, qu’elle s’empresse de me mettre dans les bras. Je suis tout penaud, je la regarde mais je n’ose bouger, c’est formidable la vie. Je pense déjà à ce petit bout qui va sûrement modifier mon existence. L’avenir me confirmera cette pensée ; grand-père, c’est vraiment la bonne place sur le podium de la vie.

Le retour au bureau, retrouver les amis de travail, est également un moment agréable. Je reçois des encouragements de toutes les directions. Ces deux semaines de travail passeront à cent à l’heure. Ma direction et collègues de boulot, ainsi que mes clients amis font le maximum pour m’éviter les problèmes. Je suis là, mais je reste concentré sur la course.

Je me retrouve de nouveau à l’aéroport, un soir à 17 heures. Seule Nadine est là pour ce deuxième départ, c’est presque la routine. L’avion se pose à Lisbonne. Dans la salle d’embarquement pour Madère, flotte une ambiance toute bizarre.

Une grosse tempête tropicale a malmené l’île. Enfin, pour le moment, pas question d’embarquer, les avions ne peuvent atterrir. La situation s’arrangera vite, à grand renfort d’annonces sécurisant les voyageurs. Nous envisageons un départ imminent, l’ambiance reste tendue, l’embarquement se fait dans le calme. Mon voisin m’explique, dans un français parfait, que la tempête a fait de gros dégâts sur la région de FUNCHAL. Il fait nuit, seul le ronronnement des réacteurs me rappelle que je me promène à plus de huit mille mètres ; la descente sur MADERE est annoncée par l’hôtesse. Décélération importante, la piste est très courte, l’Airbus s’immobilise, les gens sont impatients de descendre. Je me glisse dans le flot pour partager un taxi se rendant sur le port. Je comprends mieux ! De la boue partout, le chauffeur explique les dernières vingt quatre heures qu’il vient de vivre, un vrai cauchemar.

Je retrouve les copains sur le port qui me rassurent de suite. GRAPHIC n’a rien, grâce à la vigilance de Jean-Pierre MAGNAN. Ce n’est pas la même chose pour tout le monde. Le port ressemble au terminal d’une scierie canadienne. Du bois partout, des détritus mélangés à la boue assemblent cela. Une vraie désolation, le spectacle sera encore plus fort et triste avec le jour. Déjà, des ouvriers s’affairent au dégagement et nettoyage, les bull. entrent en action. Toute l’équipe des Ministes participe au nettoyage, des monceaux de bois mélangés à tous autres objets ménagers, d’immenses tas se forment sur les quais. Malgré cela, la Mini continue, un prologue départ sera décidé et seulement avec une journée de retard, nous partirons. Le soleil est de la partie, une citerne d’eau potable nous permet de charger les cent quarante litres d’eau obligatoires pour cette traversée, soit quatre litres par cent milles à parcourir. C’est un complément, car l’eau minérale embarquée rentre dans ce quota. Cela remplit salement le Mini lui donnant l’aspect d’un mini tanker, la ligne de flottaison disparaissant.

Trente quatre nous serons, pour ce deuxième départ. Je trouve cela formidable compte-tenu des aléas qu’a subis l’organisation.

Une minute de silence sera effectuée sur la ligne, en mémoire de notre ami Pascal LEYS, une bouée à contourner pour le spectacle de nos amis restant à terre, nous sommes partis en direction de la PALMA, marque de parcours obligé avant le grand saut.

Je n’ai nullement l’impression de partir pour une traversée importante, je suis seulement heureux d’être là et de vivre ce moment tellement attendu. La régate reprend ses droits, je fais marcher le bateau sans trop chercher le contact, la mer est toute boueuse, nous croisons de gros morceaux de bois nous rappelant la puissance des éléments en colère. MADERE nous salue, je la regarderai disparaître dans mon sillage en lui promettant de revenir.

Cette mise en jambe jusqu’à la PALMA sera la bienvenue, mer calme, vent à la carte, juste ce qu’il faut pour se rôder. Cela n’empêche pas la colonne de s’étirer et les cracks de nous fausser compagnie. La V.H.F. délire, cela détend. A présent, je peux mettre un visage sous chaque nom de bateau, ce qui n’était pas le cas avant, je pense être bien intégré dans la meute.

Le vent commencera à rentrer d’une façon portante à l’approche des îles ; elles sont toujours petites sur la carte et terriblement imposantes lorsque l’on approche. En compagnie de Andréa ROMANELLI sur American Express et ZIZKA Jan sur MARTINIQUE Dynamique, nous enroulerons cette infime partie des CANARIES.

Devant moi, l’Atlantique m’accueille majestueu-sement avec toujours beaucoup de vent dans les voiles, au portant heureusement, mais trente-cinq bons nœuds à l’anémo de Graphic. Il s’envole complètement comme s’ il connaissait le parcours. Tant mieux car je n’ai pas la grande forme, une sorte de touristat ne souhaite pas me lâcher. Pilote automatique, solent tangonné, frein de bôme souqué, à neuf dix nœuds  en permanence, je vais m’allonger.

Durant trois bonnes journées sans manger, pas trop à l’écart de mon cap, je survivrai sur mon spi mouillé, en souhaitant que mon bateau fasse le travail seul. J’apprends le démâtage de mon ami Pierre MEILHAT sur l’Esprit de Service, avec qui j’avais fait le convoyage CADIX/MADERE. Je saurai par la suite qu’il dût abandonner son canot pour être récupéré au bout de quelques heures par un voilier assistance.

LES VOILIERS ASSISTANCE sont des bénévoles qui naviguent dans la flotte des coureurs avec une disposition bien précisée par l’organisation afin de porter aide, toujours dans l’ombre, grand coup de chapeau ! Messieurs RUNAWAY sur lequel avait embarqué Philippe Naudin, privé de mini pour que d’autres courent, récupéreront un autre concurrent, Pascal BLOUIN sur COTES d’ARMOR, qui subit  la même déveine.

Je reprends goût à la navigation pour remonter sans grosse difficulté sur ma route. La forme revient doucement, je m’alimente de lait principalement. Sur ma carte, se dessine un tracé qui explique bien mon option ORTHODROMIQUE.

Mardi 9 Novembre 93 : Je pense à la famille, j’attends avec impatience le rayon de soleil qui viendrait réchauffer ma carcasse. Les journées sont courtes, la houle longue, toujours deux ris dans la grand‘voile, pas vraiment beaucoup de travail sur le pont, seule la navigation occupe vraiment la journée.

Je m’estime à 2100 milles de Antigua, mon cap au 253 est favorable, je règle vainement le panneau solaire au moindre rayon, pourtant je ne manque pas d’énergie.

Mercredi 10 Novembre : Le soleil tarde encore à se lever, il fait la grasse matinée. Le baro est à 1028, il pleut. Allongé sur ma couverture de survie pour m’isoler de l’humidité, j’écoute R.F.I sur 15300. Toujours trente bons nœuds de vent et des moyennes de 160 à 180 milles au compteur journalier, de ce côté-là, cela marche bien. J’ai frôlé l’empannage, la retenue a bien rempli son rôle. Ouf ! que d’émotions ! Je vais essayer d’être plus attentif, je me tiens limite à cause du panneau pour qu’il perçoive le maximum de soleil, j’effectue un seul empannage par jour ; avec de la préparation, j’ai plus de métier, cela se passe généralement bien. C’est, de toute façon, malgré les deux ris à poste, l’opération la plus délicate. Je l’appréhende toujours.

Jeudi 11 Novembre : Petite journée, 141 milles, pourtant le loch est encore à huit bons nœuds, c’est sûrement cette nuit que j’ai failli. Il va falloir se remuer, garçon ! Je n’ai aujourd’hui aucun défilé, alors au charbon.

Barrer, c’est encore la meilleure façon d’écono-miser l’énergie, mais le pilote est tellement plus attentif que ! Bon, je garde l’idée de l’économie, il est bien de se convaincre de quelque chose. Côté casse-croûte, cela marche mieux, les pâtes à la tomate, (je dois dire que j’ai une sauce en tube impeccable) et, grâce au réchauffeur, c’est très facile à réaliser.  Le fait de manger chaud, cela remonte le moral.

Malgré la contre-performance de cette nuit, ma moyenne, depuis le départ, est supérieure à 6 noeuds. Encore une bonne nouvelle, nous avons quitté la pluie, la température est à 22°. Dans mes sous-vêtements «sous vide», j’ai trouvé un petit message de Nadine me souhaitant une Bonne Arrivée ; même si le rangement n’était plus chronologique, cela fait le plus grand bien.

Vendredi 12 Novembre : jour du poisson. A ce sujet, je ne manque pas de compagnons sous ma coque, les dorades coryphènes courtisent mon bulbe depuis mon passage à las PALMAS. Je leur donne le reste des pâtes et même le seau du matin leur fait ventre. J’ai nullement envie de me baigner, pourtant, c’est un véritable régal de les voir évoluer autour de nous. Ma moyenne des 24 heures a augmenté à un peu plus de 150 milles, ce n’est pas encore cela, mais je vais dans la bonne direction.

Samedi 13 Novembre : encore journée poisson ! A mon réveil, une drôle d’odeur de poisson manquant de fraîcheur, dans mon duvet ! Eh bien, vous avez deviné ? J’ai réchauffé, durant
ma pose, un poisson volant. Retour à l’envoyeur, pour constater d’autres poissons sur le pont. Inutile de penser à la réanimation, les pauvres feront le repas des coryphènes. Moyenne de la nuit, 6.16 nœuds. Super déjeuner avec lait froid et céréales. Le soleil hésite comme chaque matin à prendre sa place sur la ligne d’horizon. Je le surveille car ma première visée se fera aux alentours  de 20°10 à 10 h 40 . 32 TU, la seconde  22°38 à 10 h 42 . 54 TU et la troisième 22°52 à 10 h 44 . 43 Tu. Je ferai la moyenne de ces trois visées grâce à ma DIGISUN. Je recommencerai l’opération vers 13 heures pour obtenir le résultat LAT. 25°22, LONG. 37°47, but à 1430 milles, cap 249°. Il ne reste plus qu’à reporter sur la carte et rêver à l’arrivée qui se fera, si tout marche bien trop tôt, car ce sera la fin de cette formidable aventure qu’est la MINI.

Dimanche 14 Novembre : 11e journée de mer. Il est 8 h, TU, il fait nuit noire, pourtant cette journée est importante car je passe sur l’autre coté de ma carte. Explication ! me direz-vous. Voilà, sur un mini la place est tellement comptée qu’il est impossible d’utiliser le routier de l’Atlantique Nord à plat, donc nous utilisons cette carte après avoir effectué un savant pliage. Donc, à présent, ce sont les Antilles que je découvre sur la carte. 9 heures, TU, miracle ! le soleil apparaît sur l’horizon gros comme un ballon de plage, mais le vent reste plus calme proportionnellement aux autres jours. Il est peut être exigeant de tout réunir sur une même journée, le spi remplace le genaker de la nuit et nous voilà, repartis entre 7 et 8 nœuds. La nuit, je garde rarement le spi, pour assurer la tranquillité de mon sommeil et éviter les manœuvres hasardeuses sur le pont. Non, je ne dis pas que la flemme s’installe, mais pour ne pas utiliser le mot routine, je dirai donc sagesse.

Lundi 15 Novembre à 0 h. L’océan, avec sa longue houle, a profité de son Dimanche pour recharger ses batteries et, par la même occasion, les miennes. Conclusion : avec 130 milles en
24 heures, j’aligne ma plus mauvaise journée concernant les performances. Mais pour le marin, il a roupillé sans compter, le canot est rutilant, propre comme pour une visite d’inspection des afmar. Néanmoins, le moral est au beau, sûrement l’effet soleil. Mes amies coryphènes brillent de mille éclats sous ma coque, courtisant inlassablement mon frigide bulbe. Parfois, elles inspectent le safran, semblent vouloir nous quitter pour mieux revenir, dans une myriade d’éclairs. Pour midi, je me mitonne une recette ancestrale à bord des voiliers : <<Purée-Thon>> avec un léger nuage de tomate-légume en tube. Le réchauffeur m’annonce, dans un léger sifflement, le moment du repas. C’est à poil sur le pont, avec casquette Yannick, (c’est Yannick qui me l’a offerte, avec l’annotation «tes amis de Port Camargue»), harnais Nadine, chaussures de pont à faire rougir un clodo, que je déguste ce savoureux plâtras. Ne pouvant terminer la totalité, je partage le reste avec mes voisines du dessous avant de m’accorder une petite sieste «sèche-boutons», dont la partie noble de mon être ne manque pas, malgré la Biafine largement utilisée depuis le départ. Je dois avouer que l’esprit course dans de pareils moments m’échappe un peu, pourtant la réalité se fait vite sentir par le score. De ces trop paisibles journées, il me reste une grande impression de liberté, de tranquillité où rien ne peut m’atteindre, comme si le temps faisait du sur place, du bien-être à l’état pur. La transat, heureusement, reprend ses droits. GRAPHIC est là pour me rappeler que la course est sa vocation première, que le farniente est juste un entrefilet dans le livre. Non, la Mini n’est pas, à proprement parler, une cure de repos, même si mentalement, cela repose. Les journées s’enchaînent avec la précision du métronome, la fin de cette magnifique aventure se trouve par-delà cette ligne d’horizon qui ne cesse de reculer.

Je suis heureux d’avancer et un peu triste de voir le tracé de ma carte tirer sur l’autre bord de l’ATLANTIQUE. Je suis un peu comme l’écolier au dernier jour de l’école ; demain, le compte à rebours commencera pour inévitablement le rapprocher de la rentrée. Heureusement, de l’autre côté, il y a NADINE et les amis qui attendent. Il y a aussi ce classement. Je pense être dans la fin du peloton car cela fait maintenant plus de treize jours que je navigue seul. Pas une voile, rien que ce grand bleu autour de moi et pourtant, cette solitude ne me coûte pas, je suis bien. Cette semaine passe à cent à l’heure. Cette nuit, j’ai croisé un cargo, ou plutôt il m’a doublé, je voyais bien ses feux. C’est agréable de penser qu’il y a une vie près de vous. Lui ne m’a sûrement pas remarqué avec mon feu de 5 w en haut du mât. J’économise toute l’énergie dans le respect de la légalité. Aujourd’hui, à LYON, c’est l’ouverture du Salon de l’Imprimerie ; ce sera la première fois que je le manquerai. Mon épouse et mon fils me remplaceront, mais tout de même, cela me fait un petit quelque chose. J’ai l’impression de manquer à mes devoirs, pourtant personne n’est irremplaçable. Un gros grain juste devant me sort vite de cette méditation coupable. Je prends un troisième ris dans la grand’voile, j’affale tout simplement le solent, et nous voilà partis à plus de dix nœuds avec de grosses moustaches à l’étrave.

Jeudi 18 Novembre : l’alizé bien en place me permet à nouveau de faire de belles moyennes journalières. Il n’est pas rare de dépasser les
160 milles. Mon cap moyen est toujours au 260 °. Sur la carte, je trace une ligne presque droite ; si mon astro est juste, je suis à 700 milles de ANTIGUA. J’écoute RFI régulièrement sur 15305 M. La température se stabilise à 23°, une petite chute durant la nuit les rendent agréables. J’estime mon arrivée sur ANTIGUA à cinq jours, en espérant quatre.

Vendredi 19 Novembre : le vent m’oblige à faire un peu plus de Sud que je le souhaiterais. Rien ! 20° de moins mais cela me contrarie. Par contre, je file neuf nœuds sans effort. Dur, dur pour ma visée sextant, qu’est-ce que ça bouge ! Il y a des journées comme cela où rien ne veut rester dans la programmation du skipper sûrement un peu exigeant. Je suis, depuis cette nuit, dans la zone météorologique EST Antilles. Le voilier est également plus sec, la température monte à vitesse grand V, 28°, toujours pas de concurrents à  vue. Deux solutions, ou je suis le premier ou je suis le dernier. Faut pas rêver, GuyGuy, pour la place de premier ! J’espère bien ne pas être le dernier, pourtant, il en faut bien un ! Bon, pensons à autre chose ! 530 milles du but, si cela continue à marcher, je gagne presque une journée sur mes prévisions. Le moral est au beau fixe. Parlons-en du moral ; il y a des jours où … je ne me savais pas si sensible. Je pense à ceux du Vendée Globe, plus de 100 jours sans voir âme qui vive, ils doivent avoir de drôles de passages à vide. Un bon repas chaud, rien de tel pour conserver ce fameux moral. Des pâtes avec une super sauce en tube, voilà une formule pour le conserver. Je n’ai pas d’alcool à bord, cela ne me manque pas d’ailleurs. Je bois du lait le matin et de l’ANTESITE durant la journée. Je suis sûr que si vous réfléchissez bien, vous allez vous souvenir de ce merveilleux breuvage, fabriqué dans la région de VOIRON ; quelques gouttes dans un litre d’eau et cela change tout. Même les goûts les plus tenaces sont masqués par l’odeur du coco.

Cela me rappelle les colonies de mon enfance, ou le bien le plus précieux était de posséder une gourde «Grand TETRA», en aluminium. Je cogite, je pense beaucoup, j’ai réellement la sensation de me redécouvrir. Cette solitude, aurait-elle des vertus curatives, réconciliant le corps avec l’esprit. En parlant de cure, je peux vous assurer que, du côté poids, je ne suis pas en hausse, cela aussi a du bon, moi qui ai plutôt tendance à l’inverse.

180 milles, vous avez bien lu ? Et cela sans faire grand chose, miracle de la voile en Atlantique. Méditerranéen que je suis, je peux vous assurer que, pour réaliser de tels scores en Méditerranée, il faudrait se remuer.

Un nouveau Dimanche annonce la semaine de l’arrivée. RFI parle de la Mini, un certain Thierry Dubois serait en tête de la course. Je suis heureux de savoir Thierry en tête ; il y a une certaine justice, ce garçon est très capable, en plus, c’ est la joie de vivre sur un bateau. Il a l’âge de mon fils, c’est un bon copain depuis son accueil à MADERE.

J’ai tellement d’eau en réserve que je peux m’offrir une superbe toilette de luxe à l’eau douce de FUNCHAL. J’ai gardé cette flotte durant toute la traversée. Certains concurrents la balancent sitôt la ligne passée, poids oblige. Il est vrai que transporter toute cette masse sur une aussi longue distance est un handicap, mais c’est le prix de la sécurité. Il en est de même pour les détritus, les emballages, les conditionnements je conserve tout cela  pour les mettre à la poubelle à l’arrivée, à Saint- Martin. J’essaie de les réduire le plus possible pour limiter le volume. Je trouve cette obligation du règlement très normal, on ne peut aimer la mer et la souiller de nos détritus.

Samedi 20 Novembre : je reprends mon livre de bord. Vent 4/5 d’Est, mer agitée, pas de
nouvelles des ministes. Graphic trace son sillage à plus de 7 nœuds, pas trop de manœuvres, sauf le réglage permanent de la voilure. Je vais attaquer une petite lessive, plus pour m’occuper que par besoin. Il existe des journées en mer où il n’y a rien à dire, seul le moment passé compte. Même pas l’obligation de le retenir, de le mémoriser. Pourtant, ces grands trous sont le reflet d’un calme intérieur  profond, comme l’océan.

Dimanche 21 Novembre : cela se précise, du moins sur la carte. Le trait hésitant que représente ma route a une forte tendance à viser la petite île de ANTIGUA. De gros grains aimeraient bien contrarier ce cap idyllique. Ils m’obligent à mettre un peu de Nord, il faut négocier, toujours arrondir le dos. L’important sera de contourner cette marque obligatoire de parcours qu’est ANTIGUA, en perdant le moins de milles possible.

Je resterai toute la nuit à la barre en surveillant les grains. A moins de deux cents milles du but, modifier son cap est contrariant. En mer, il faut savoir accepter et subir, (plus facile a écrire qu’à faire), je ne fais que grogner.

Je commence à cogiter l’heure de passage, j’ai beau calculer et recalculer, je passerai de nuit. J’aurais préféré autrement ! Une petite note de gaieté, la radio de la GUADELOUPE entame sans interruption  zouk sur zouk et je la reçois claire, cela est un signe qui ne trompe pas.

Lundi 22 Novembre : avec, pour commencer, un bel empannage pas programmé mais heureu-sement sans casse. La nuit se couche pour laisser la place à ce gros soleil qui me suit chaque matin, pour inévitablement me doubler et me lâcher le soir venant. C’est avec lui que j’aurai le plus régaté, super régatier. Astro du matin, je serai à quatre vingts milles de mon way-point. La mer forte depuis trois jours me porte à présent sur le cap direct. Je reste à la limite de la panne, cela demande une tension importante, c’est l’addition à régler pour réussir mon coup.

Je regarde sans cesse devant avec, cette fois, la ferme intention de voir. Je sais pourtant que cela n’est pas possible, mais c’est plus fort que moi.

Maintenant, j’empanne avec précision au 240, avec encore plus de ménagement pour mon superbe canot. Il me donne si généreusement tant de plaisir, qu’il m’est difficile de penser qu’il n’est qu’un morceau de plastique élaboré.

La journée sera plus longue, les grains se suivent et se ressemblent tous. Pourtant, cela marche bien, j’arrive à les contourner souvent, parfois ils me passent dessus avec force et c’est la douche chaude ; il n’y a plus de sel sur le voilier, agréable même, je pourrais dire.

Mardi 23 Novembre 93 : grand jour. Aujourd’hui je dois retrouver la terre, si mes calculs sont justes, évidemment.

Une heure du mat : devant moi une lueur qui ne trompe pas, c’est elle, c’est mon île. Elle se rapproche, je devine des reliefs, je m’approche sûrement trop car me voilà prisonnier d’un gros bout de cordage bleu. Je devine à la minute que les problèmes commencent. Le voilier gîte normalement au vent, mais je n’avance plus. La nuit est très noire, je n’ai nullement envie de me mettre à l’eau. L’écho sondeur indique 12 mètres, j’aurais dû être plus prudent. Avec la gaffe, j’essaie vainement de me dégager ; en poussant le cordage, j’agrippe une sorte de flotteur en liège.

J’arrive à le hisser sur le passe avant tribord et à le crocheter sur le winch. Je commence à le mouliner, mais me rends vite à l’évidence que je ne pourrai le remonter. De rage, je le sectionne d’un coup avec mon couteau et, miracle, je me trouve libéré.

Sans demander mon reste et sans comprendre le pourquoi, je règle mes voiles, estime rapidement le cap pour me dégager de ce piège. Je suis crevé et dans un état d’excitation que je ne pourrais vous expliquer. La côte s’éloigne et je contourne cette fois, avec peut être trop de précaution, mon île. Le jour se lève, je dors assis, tellement la fatigue m’habite, je ne me lasse pas de regarder cette terre qui naît sous mes yeux. Je peux déjà distinguer NEVIS et CHRISTOPHER, c’est encore plus vrai que je ne l’imaginais. Les cartes de détails sont d’une rigueur étonnante.

Mardi 23 Novembre : 14 h 30, je suis par le travers de NEVIS, mon loch  me donne une estime me situant à 45 milles de la ligne d’arrivée. Pourtant rien n’est terminé, je dirais même plus, que cette journée sera sûrement longue.

De grain en grain, je progresse à bonne allure, je me surprends à parler tout haut, pour vérifier si je m’entends parler. A présent, je suis certain que mon passage de la ligne se fera de nuit, j’aurais préféré autrement mais en course, on ne choisit pas. Je fais une tentative de VHF, sans succès, mais je ne l’éteins pas, des fois que !
Le bateau sent l’écurie, il galope entre les grains,  sans vouloir ralentir. Une petite séance de récupération me ferait le plus grand bien en prévision de ce qui m’attend cette nuit ; je ne peux dormir mais m’oblige à me reposer. Je suis émerveillé du paysage qu’offrent ces îles, j’aimerais prendre le temps de les visiter une par une, encore une fois la course ! Un jour peut être je reviendrai, en touriste, cette fois.

La nuit commence à tomber doucement, je comprends mieux pourquoi le soleil me doublait chaque jour, il allait retrouver ces paradis. Je m’applique sur ma carte pour affiner mon arrivée, Enfin, j’essaye !

De nouveau la radio et miracle, une voix répond : «je te reçois, GRAPHIC !>>. Encore surpris, j’ai du mal à répondre tellement je suis surpris.

Je demande si je suis le dernier ; on me répond par la négative en me précisant que loin sans faut, sans toutefois me préciser davantage. Je demande si NADINE est arrivée <<Oui, oui, elle est partie manger>>. Et bien, tout va pour le mieux, il suffit de continuer.

Je m’applique ; à l’intérieur, c’est clean. J’ai la carte dans la tête, tout doit bien marcher, je sens la pression monter en moi comme un thermomètre sous une serre. Pourvu que le vent ne cale pas, que je ne cherche pas trop long-temps la ligne…. Graphic pour P.C. course ; Graphicpoooouuur, «OUI», je te passe NADINE. Moment fabuleux de pouvoir se parler comme cela simplement ; miracle de la V.H.F. qui passe par-dessus les montagnes sans savoir trop pourquoi et qui se refuse de parler à portée de pierre.

L’émotion me coince la gorge, mais quels moments fabuleux de savoir que l’on se retrouve bientôt. La nuit est noire et je renvoie mon bord sur l’ANSE MARCEL. Il me semble apercevoir un petit feu qui clignote à terre, j’approche à bonne allure. Un ronronnement de moteur sur mon tribord me réconforte dans mon option, il se rapproche, je devine Nadine à son bord ! ! C’est le bateau de la gendarmerie, c’est bien la première fois que j’ai plaisir à le voir. Je devine devant pas mal d’embarcations sur l’eau, je me rapproche en évitant la caille d’entrée, on me confirme qu’un autre Mini arrive 5 minutes derrière moi. Une explosion de cris, de hourra,  me tombe dessus,  des feux rouges à main déchirent la nuit, j’arrive sur la ligne, je la passe, c’est fini, ma MINI est finie. Des amis montent sur le voilier, ils le prennent en main, m’annoncent que le mini qui passe la ligne quelques minutes derrière moi, c’est mon ami Jean-Pierre MAGNAN. Les deux vétérans de cette édition à quelques minutes d’intervalle, c’est fabuleux, et cela sans avoir fait la même route. Les deux voiliers en remorque remonteront la passe sous les acclamations  de la foule et des amis. La fête, comme à chaque arrivée, bat son plein. A peine le pied posé sur terre, nous nous retrouverons, Jean-Pierre et moi, pour le traditionnel bain, tout habillés, sous les rires. Pour couronner cela, le traditionnel verre de rhum, les interviews des amis.  Enfin, de l’amitié à revendre ou à engranger pour des jours moins bons. Dans toute cette masse humaine, j’ai repéré NADINE qui, comme d’habitude, se tient un peu à l’écart de la foule. J’arrive à la rejoindre non sans mal, ils nous laissent le temps d’un petit bisou, je dis bien petit, car ce n’est pas le style de la maison.

 

 

Guy LLATA

 

 

Les OISEAUX BLESSES AU LARGE

REJOIGNENT TOUJOURS

 LA TERRE.

 

Les oiseaux blessés au large de l’océan rejoignent, par leur propre moyen, la terre. C’est encore une spécificité de cette épreuve.

Durant le temps des réjouissances, troisième mi-temps des MINIS, les candidats chanceux vont accueillir, avec encore plus de force, leurs amis moins heureux. Pourtant, ils ont souvent brillé durant les premiers moments de l’épreuve, ils ont sûrement la capacité de finir sur le podium, peut- être de gagner sans ce stupide mât qui n’a voulu rester droit, sans ce deuxième safran qui, on ne sait pourquoi, a souhaité reprendre la liberté, rejoignant son complice qui, lui, avait depuis bien longtemps pris la tangente.

Je pense souvent à ce futur vainqueur qui, sur le point de franchir la ligne d’arrivée, voit son super mât carbone, se rompre. Quelle force, quel courage il a eu pour savoir se contenir, en embrassant femme et enfants, souriant à ses amis, sans pour autant expliquer la fatalité de ce démâtage.

Et toi, le laborieux, l’obstiné, merveilleux combattant de l’océan qui, après avoir fait plusieurs fois demi-tour pour réinventer un safran, termine fièrement le parcours pour fermer une dernière fois la ligne d’arrivée. Ton superbe 6.50 jaune restera gravé à jamais dans ma tête comme gage de persévérance.

Vous êtes les vrais oiseaux du large, vos cicatrices refermées, vous repartez pour un autre voyage. Préparateurs des grands, coureurs de 6.50, vous êtes la mémoire de la course au large.

En ce qui me concerne, la course, à proprement parler, est terminée. Je dois penser à rejoindre la GUADELOUPE pour faire embarquer mon canot sur un porte-conteneur. Jean-Pierre et moi-même avons beaucoup de mal à s’arracher de notre famille. Nadine partira en avion pour préparer l’intendance, ce convoyage de rien du tout, comparativement à ce que nous venons de vivre, n’est pas tout à fait un voyage d’agrément. La mer des Caraïbes n’est pas facile à négocier dans les canaux et contre le vent, GRAPHIC n’est pas au mieux de ses performances.

Bien entendu, le contournement de l’île sous le vent se fera de nuit, je passerai même dans les SAINTES ; quel dommage de rater le spectacle ! Enfin, l’arrivée à la marina au petit jour, dans la baie de POINTE-A-PITRE, vaut à elle seule le détour.

Cap au 15°, petite brise de terre, je traverse un dortoir de voiliers au mouillage, rien ne bouge. Ultime moment de grand bonheur que ce glissement à peine perceptible de mon étrave entrant dans le port. Nadine a bien fait les choses ; une annexe motorisée vient à ma rencontre pour me conseiller de rejoindre la darse directement, afin d’éviter les frais de la place. Pas de petites économies. Jean-Pierre et Suzie dorment à poings fermés (la nuit n’a pas été simple également pour eux).

Dans les mains de notre ami ClaudeThelier, le voilier est déquillé, démâté, posé dans un coin tranquille, en attendant son transport.

Dernières vérifications avant de mettre le cadenas sur sa porte, comme symbole, le rideau vient de tomber.

Nous aurons encore deux ou trois jours pour solder les papiers de transport, louer une voiture pour visiter, goûter un peu la cuisine sous les conseils de notre ami Bistoc, se griser des marchés et du TI-PUNCH à la Route du RHUM. Jouer les touristes n’est pas désagréable.

Et puis un grand saut d’avion nous ramène à la dure réalité de l’aéroport d’ORLY Sud. Nous sommes en ce début Décembre, à l’entrée de l’hiver, il fait froid, mais quelle énergie nous avons engrangé pour attaquer le boulot.

Tiens ! nous avons raté le Salon Nautique de PARIS cette année.

 

 

 

Le Voilier a son langage

 

Abattre : Le voilier abat lorsqu’il s’écarte du vent. Laisser porter est également utilisé.

Adonner : Le vent s’écarte de plus en plus vers le travers pour passer de côté.

Affaler : Descendre une voile sur le pont, avec une certaine rapidité.

Amure : Façon dont on prend le vent. Ex naviguer tribord ou bâbord amures.

Barre : Elle peut être à roue ou franche, suivant les cas et surtout la taille du voilier.

Border : Cela consiste à aplatir la voile pour lui donner un profil ressemblant à une aile, lorsque l’on souhaite remonter le vent.

Bordure : Bordure d’une voile, bas de la voile, une grand‘voile peut être à bordure libre.

Bras : Bras de spi, cordage moderne en textile résistant permettant de contrôler le bord d’attaque d’un spi.

Bout : Ensemble de cordage textile à usage divers, ayant une utilisation secondaire.

Cap : route que suit le bateau. Ex : cap à l’Est.

Carène : Partie de la coque sous la ligne de

flottaison.

Choquer :  Laisser filer une écoute pour mollir une voile.

Chute : C’est la partie arrière d’une voile.

Ex : ouvrir la chute.

Compas :  Le contraire d’une boussole par sa graduation. Comme celui de l’écolier mais avec deux aiguilles !

Drisse : Câble ou cordage, permettant de monter une voile. La drisse dresse !

Ecoute : Cordage de bon diamètre  permettant le réglage d’une voile.

Empanner : Faire franchir le lit du vent par l’arrière en faisant passer ses voiles d’un bord sur l’autre.

Etarquer : Raidir le bord d’attaque d’une voile à l’aide d’une drisse et d’un winch.

Foc : Voile d’avant, dont le grammage et la surface peuvent varier en fonction de la force du vent.

Génois : Voile d’avant d’une surface souvent maxi à fort recouvrement.

Gréement : ensemble des composants (câbles mât bôme) permettant de hisser les voiles.

Girouette : Petite flèche placée en haut du mât permettant de visualiser la direction du vent.

 

 

Gîte : Inclinaison que prend le voilier sous l’effet du vent.

Harnais : Sangle formant gilet que l’on passe autour de soi pour assurer sa protection, en gardant toujours contact avec son bateau.

Latitude : Distance angulaire comptée pour un lieu ou un astre donné à partir d’un plan équatorial de référence perpendiculairement à ce plan, de 0 à +/-90°, positivement vers le Nord.

Loch : Appareil mécanique  et aujourd’hui électronique qui indique la distance parcourue.

Loffer : C’est le contraire  d’abattre. Loffer au vent c’est monter au vent, c’est entrer dans le lit du vent. pour éventuellement effectuer un virement.

Longitude : C’est l’éloignement d’un lieu vers l’Est ou l’Ouest  par rapport au méridien de Greenwich, demi-grand cercle au point de départ  d’un découpage en tranches passant par les pôles sur 180° d’un bord et 180° de l’autre.

Louvoyage : Tirer des bords face à un vent debout, tantôt d’un côté, tantôt de l’autre.

Loxodromie :  Le plus court tracé sur une carte d’un point à un autre.

Nœud : Mesure de vitesse correspondant à autant de << milles marins ou nautiques>> parcourus en une heure.

Quart : Période de temps durant laquelle on a à assurer la barre et la veille ainsi que les différents réglages.

Refuser : Le vent refuse lorsqu’il a de plus en plus tendance à vous faire dévier de votre route directe.

Ris : Réduire la surface d’une voile en la  ferlant par le bas, pour diminuer sa surface.

Safran :  Partie immergée du gouvernail.

Sondeur :  Dit souvent <<écho sondeur>>, appareil électronique permettant de mesurer la profondeur de l’eau sous la coque.

Skipper : Franglais de Cap’tain.

Speedomètre :  Enregistreur de vitesse.

Spinnaker : Voile d’avant en forme de Ballon souvent en nylon, de plusieurs couleurs.

Tangon : espar (longue pièce de bois, métal ou plastique) que l’on fixe au mât, réglé par un hale-haut et un hale-bas, permettant de déborder une voile, indispensable pour l’utilisation du spi.

 

Radiographie de GRAPHIC

 

Graphic est né en 1990, sur la table à dessin de Gilles Brétéché, Architecte NANTAIS,   grand spécialiste des carènes étroites.

Il est réalisé par Gil CARMAGNANI, dans son chantier de Loc Mariaquer. en 90/91.

Son nom de baptême est INTREPIDE, il a un frère jumeau,  CAMASOUTRA, qui possède exactement les mêmes caractéristiques. Il sera mené par Valérie CLOUART durant la même épreuve.

 

Leurs mensurations sont les suivantes.

Longueur         : 6.50 mètres.

Largeur          : 1.90 mètre..

Tirant d’eau     : 1.98 mètre.

Tirant d’air      : 12  .mètres.

Poids de la coque : 200 kg environ.

Poids total        : 800 kg environ.

Surface de voile au près : 40 m2.

Surface de voile au portant : 90 m2 ( grand spi en tête) + grand’voile.

Surface de voile au portant :75 m2 (spi médium) + grand voile.

 

 

 

 

A mes amis sponsors,

A mes clients amis,

A tous ces aventuriers de l’ombre

qui rendent mon travail de VRP
en imprimerie encore supportable.

A ma famille, mes enfants, qui eux, connaissent le peu de risques que je prends pour avoir l’envie encore de rentrer à la maison ! Même si l’océan au grand large

est prenant.

 

 

Achevé d’imprimer par

mes soins sur mon PC,

le jour de la Sainte ELODIE,

le 22 OCTOBRE 1999.